AGESILAS,
TRAGÉDIE. — 1666.
AU LECTEUR.
Il ne (aut que parcourir les vies d'Agésilas et de Lysan-der chez Plutarque, pour démêler ce qu’il y a d’iiisloriquedans cette tragédie. La manière dont je l’ai traitée n’aPoint d’exemple parmi nos Français, ni dans ces précieux'estes de l’antiquité qui sont venus jusqu’à nous; et c’estce qui me l’a fait choisir. Les premiers qui ont travailléPour le théâtre, ont travaillé sans exemple; et ceux quiles ont suivis y ont fait voir quelques nouveautés de tempsen temps. Nous n’avons pas moins de privilège. Aussi no-ire Horace, qui nous recommande tant la lecture des poètesBrecs par ces paroles,
Vos exemplaria gracaNocturnd vcrsatc manu , versa le diurnd ,
ne laisse pas de louer hautement les Romains d’avoir oséQuitter les traces de ces mêmes Grecs, et pris d’autresmutes ;
Nil intenlalum noslri liquâre poêla ;
Nec minimum meruere decus, vestigia graca.-lusi deserere.
Leurs règles sont bonnes ; mais leur méthode n’est pas denotre siècle : et qui s’attacherait à ne marcher que surleurs passerait sans doute peu de progrès, et divertirait*nal son auditoire. On court, à la vérité, quelque risquede s’égarer, et même on s’égare assez souvent, quand on8 écarte du chemin battu ; mais on ne s’égare pas toutes lesfois qu’on s’en écarte : quelques-uns en arrivent plus tôtou ils prétendent, et chacun peut hasarder à ses périls.
» 1 Agésilas n’est guère connu dans le monde que par le mot deUes préaux :
J’ai vu l’Agésilas :
Hélas 1
J!*ut tort sans doute de faire imprimer dans ses ouvrages cedira t * u * n ’en valait pas la peine ; mais il n’eut pas tort de leaie l ec l eur doit trouver bon qu’on ne fasse aucun com-11 - re sur une pièce qu’on ne devrait pas même imprimer,garnit mieux sans doute qu’on ne publiât que les bons ouvra-dne • k° DS auteurs ; mais le public veut tout avoir, soit parr e » aine curiosité, soit par une malignité secrète, qui aime àPaître ses yeux des fautes des grands hommes. (V.)CORNEILLE. — TOME II.
PERSONNAGES.
AGÉSILAS, roi de Sparte.
LYSANDER, fameux capitaine de Sparte.
COTYS roi de Paphlagonie.
SP1TRIDATE, grand seigneur persan.MAN’DANE, sœur de Spitridate.
AGLAT1DÈ, | H'Ies de Lysander.
XÉNOCLÈS, lieutenant d’Agésilas.
CLÉON, orateur grec, natif d’Halicarnasse.
La scène est à Éphèse.
ACTE PREMIER.
SCÈNE PREMIÈRE.
ELPINICE, AGLATIDE.
AGLATIDE.
Ma sœur, depuis un mois nous voilà dans Éphèse,
Prêtes à recevoir ces illustres époux
Que Lysander, mon père, a su choisir pour nous;
Et ce choix bienheureux n’a rien qui ne vous plaise.Dites-moi toutefois, et parlons librement :
Vous semble-t-il que votre amantCherche avec grande ardeur votre chère présence?
Et trouvez-vous qu’il montre, attendant ce grandCette obligeante impatience ܰ ur >
Que donne, à ce qu’on dit, le véritable amour ?
ELPINICE.
Cotys est roi, ma sœur; et comme sa couronneParle suffisamment pour lui,
Assuré de mon cœur que son trône lui donne,
De le trop demander, il s’épargne l’ennui.
Ce me doit être assez qu’en secret il soupire,
Que je puis deviner ce qu’il craint de trop dire,
Et que moins son amour a d’importunité,
Plus il a de sincérité.
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