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Tome second.
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AGÉSILAS, ACTE II, SCENE V.

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LYSANDER.

Laissez-leur garder leur conquête.

Peut-être qu’Elpinice avec plaisir s’apprêteA vous laisser ailleurs trouver un sort plus doux ;Quand un autre pour elle a d’autres yeux que vous,Qu’elle cède ce cœur à celle qui le vole,

Et qu’en ce même instant qu’on vous le surprenait,Un pareil attentat sur sa propre paroleLui dérobait celui qu’elle vous destinait.

Surtout ne craignez rien du côté d’Aglatide :

Je puis répondre d’elle ; et quand j’aurai parlé,

Vous verrez tout son cœur, où mon pouvoir préside,Vous payer de celui qu’elle vous a volé.

COTYS.

Ah ! seigneur, pour ce vol je ne me plains pas d’elle.

LYSANDER.

Et de qui donc ?

L’amour!

COTYS.

L’amour s’y sert d’une autre main.

LYSANDER.

COTYS.

Oui, cet amour qui me rend infidèle....

LYSANDER.

Seigneur, du nom d’amour n’abusons point en vain,Uites d’Agésilas la haine insatiable ;

C’est elle dont l’aigreur auprès de vous m’accable,

Et qui dejourenjour s’animant contre moi,

Pour me perdre d’honneur m’enlève votre foi.

COTYS.

Ah ! s’il y va de votre gloire,

Ma parole est donnée, et dussé-je en mourir,

Je la tiendrai, seigneur jusqu’au dernier soupir,Mais, quoi que la surprise ait pu vous faire croire,N’accusez point AgésilasL’un crime de mon cœur que même il ne sait pas.Mandane, qui m’ordonne à vos yeux de le dire,

Eous montre assez par là quel souverain empireL’amour lui donne sur ce cœur,considérez point si j’aime ou si l’on m’aime;

C» matière d’honneur ne voyez que vous-même,

Et disposez de moi comme veut cet honneur.

LYSANDER.

E’amour le fera mieux ; ce que j’en viens d’apprendreM’offre un sujet de joie où j’en voyais d’ennui :Épouser la sœur de mon gendreC’est le devenir comme lui.

Aglatide d’ailleurs n’est pas si délaisséeQue votre exemple n’aide à lui trouver un roi ;

Pour peu que le ciel réponde à ma pensée,Ce sera plus de gloire et plus d’appui pour moi.^ossi ferai-je plus : je veux que de moi-même°us teniez cet objet qui vous fait soupirer ;

1 Spitridate, à moins que de m’en assurer,

N’obtiendra jamais ce qu’il aime.

Je veux dès aujourd’hui savoir d’AgésilasS’il pourra consentir à ce double hyménée,

Dont ma parole était donnée.

Sa haine apparemment ne m’en avouera pas :

Si pourtant par bonheur il m’eri laisse le maître,

J’en userai, seigneur, comme je le promets;

Sinon, vous lui ferez connaîtreVous-même quels sont vos souhaits.

COTYS.

Ah ! que Mandane et moi n’avons-nous mille vies,Seigneur, pour vous les immoler!

Car, je ne saurais plus vous le dissimuler,

Nos âmes en seront également ravies.

Souffrez-lui donc sa part en ces ravissements ,

Et pardonnez, de grâce, à mon impatience....

LYSANDER.

Allez : on m’a vu jeune, et par expérienceJe sais ce qui se passe au cœur des vrais amants.

SCÈNE Y.

LYSANDER,CLÉON.

CLÉON.

Seigneur, n’êtes-vous point d’une humeurbien facileD’applaudir à Cotys sur son manque de foi ?

LYSANDER.

Je prends pour l’attacher à moiCe qui s’offre de plus utile.

D’un emportement indiscretJe ne voyais rien à prétendre;

Vouloir par force en faire un gendre,

Ce n’est qu’en vouloir faire un ennemi secret.

Je veux me f acquérir; je veux, s’il m’est possible,

A force d’amitiés si bien le ménager,

Que, quand je voudrai me venger,

J’en tire un secours infaillible.

Ainsi je (latte ses désirs,

J’applaudis, je défère à ses nouveaux soupirs,

Je me fais l’auteur de sa joie,

Je sers sa passion, et sous cette couleurJe m’ouvre dans son âme une infaillible voieA m’en faire à mon tour servir avec chaleur.

CLÉON.

Oui ; mais Agésilas, seigneur, aime Mandane;

Du moins toute sa cour ose le deviner:

Et promettre à Cotys cette illustre Persane,

C’est lui promettre tout pour ne lui rien donner.

LYSANDER.

Qu’à ses vœux mon tyran l’accorde ou la refuse,

De la manière dont j’en use,

11 ne peut m’ôter son appui ;

Et de quelque façon que la chose se passe,

Ou je fais la première grâce,