ATTILA,
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ROI DES HUNS,
TRAGÉDIE. — 16G7.
AU LECTEUR.
Le nom d’Attila est assez connu ; mais tout le monden’en connaît pas tout le caractère. 11 était plus liommc detête que de main, tâchait à diviser ses ennemis, ravageait
1 Quel commentaire peut-on faire sur Attila, qui combat detête encore plus que de brus; sur la terreur de son brasgui lui donne pour nouveaux compagnons les Plains, lesFrancs et les Bourguignons ; sur un Ardaric, et sur un Va-lamir, deux prétendus rois, qu'on traite comme des officierssubalternes ; sur cet Ardaric qui est amoureux, et qui s’écrie :
Qu’un monarque est heureux lorsque le ciel lut donne
I.a main d’une si rare et si belle personne 1 etc.
I.a même raison qui m’a empêché d’entrer dans aucun détailsur Agésilas m'arrête pour Attila; et les lecteurs qui pourrontlire ces pièces me pardonneront sans doute de m’abstenir desremarques; je suis sûr du moins qu’ils ne me pardonneraientpas d’en avoir fait. Je dirai seulement qu’il est très-vraisembla-ble que cet Attila, très-peu connu des historiens, était unhomme d’un mérite rare dans son métier de brigand. Un capi-taine de la nation des Huns qui force l’empereur Théodose à luipayer tribut, qui savait discipliner ses armées, les recruterchez ses ennemis mêmes, et nourrir la guerre par la guerre ; unhomme qui marcha en vainqueur de Constantinople aux portesde Rome, et qui, dans un règne de dix ans, fut la terreur del’F.urope entière, devait avoir autant de politique que de cou-rage, et c’est une grande erreur de penser qu’on puisse êtreconquérant sans avoir autant d’habileté (|uc de valeur. Il ne fautpas croire, sur la foi (le Jornandez, qu’Attila mena une arméêîle cinq cent mille hommes dans les plaines de la Champagne :avec quoi aurait-il nourri une pareille armée? La prétenduevictoire, remportée par Aétius auprès de Châlons, et deux centmille hommes tués de part et d’autre dans cette bataille, peu-vent être mis au rang (les mensonges historiques. CommentAttila, vaincu en Champagne, serait-il allé prendre Aquilée? LaChampagne n’est pas assurément le chemin d’Aquilée dans leFrioul. Personne ne nousa donné (les détails historiques sur cestemps malheureux. Tout ce qu’on sait, c’est que les Barbaresvenaient des Palus-Méotides et du Borysthène, passaient parl’HIyrie, entraient en Italie par le Tyrol, ravageaient l’Italieentière, franchissaient ensuite l’Apennin et les Alpes, et allaientjusqu'au Rhin, jusqu’au Danube. Corneille, dans sa tragédie,fait paraître Udione, une princesse sœur (l’un prétendu roi deFrance : elle s’appelait Ildecone à la première représentation ;on changea ensuite ce nom ridicule. Méroüée, son prétendufrère, ne fut jamais roi de France. Il était à la tète d’une petite
les peuples indéfendus, pour donner de la terreur aux au-tres, et tirer tribut de leur épouvante, et s’était fait un telempire sur les rois qui l’accompagnaient, que, quand mêmeil leur eût commandé des parricides, ils n’eussent osé luidésobéir. Il est malaisé de savoir quelle était sa religion :le surnom de Fléau de Dieu, qu’il prenait lui-même,montre qu’il n’en croyait pas plusieurs. Je l’estimeraisarien, comme les Ostrogoths et les Géjiides de son ar-mée, n’était la pluralité des femmes, que je lui ai retran-chée ici. 11 croyait fort aux devins, et c’était peut-être toutce qu’il croyait. 11 envoya demander par deux fois à l’em-pereur Yalentinian sa sœur Ilonorie avec de grandes me-naces; et, en l’attendant, il épousa Ildione, dont tous leshistoriens marquent la beauté, sans parler de sa naissance.C’est ce qui m’a enhardi à la faire sœur d’un de nos pre-miers rois, afin d’opposer la France naissante au déclin del’empire. Il est constant qu’il mourut la première nuit deson mariage avec elle. Marcellin dit qu’elle le tua elle*même, et je lui en ai voulu donner l’idée, quoique sanseffet. Tous les autres rapportent qu’il avait accoutumé desaigner du nez, et que les vapeurs du vin et des viandesdont il se chargea fermèrent le passage à ce sang, qui, aprèsl’avoir étouffé, sortit avec violence par tous les conduits-Je les ai suivis sur la manière (le sa mort ; mais j’ai cru pW sil propos d’en attribuer la cause à un excès de colère qu’i*un excès d’intempérance.
Au reste, on m’a pressé de répondre ici par occasio 11aux invectives qu’on a publiées depuis quelque temps con-tre la comédie. Mais je me contenterai (l’en dire deux cho-ses , pour fermer la bouche à ces ennemis d’uii divertisse-ment si honnête et si utile : l’un 1 , (pie je soumets tout ce
nalion barbare, vers Mayence, Francfort, et Cologne. CorneiU®dit :
Que le grand Méroüée est un roi mngnnnime,
Amoureux de la gloire, ardent après l'estime;
Qu'il a déjà soumis et la Seine et la Loire.
Ces fichons peuvent être permises dans une tragédie; mais üfaudrait que ces fictions fussent intéressantes. (V.)
1 Nous avons comparé les diverses éditions publiées du viv- 11 ’de Corneille, toutes portent un , au masculin. Ce défaut d » c