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Tome second.
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ATTILA, A CT K V, SC K NE VII.

IIONORIE.

Il est mort?

VALAMIH.

Écoutez

Comme enfin font puni ses propres cruautés,

Et comme heureusement le ciel vient de souscrireA ce que nos malheurs vous ont fait lui prédire.

A peine sortions-nous, pleins detroubleet d’horreur,Qu’Attila recommence à saigner de fureur,

Mais avec abondance ; et le sang qui bouillonneForme un si gros torrent, que lui-même il s’étonne.Tout surpris qu’il’en est : « S’il ne veut s’arrêter,

« Dit-il, on me paîra ce qu’il m’en va coûter. »

Il demeure à ces mots sans parole, sans force ;

Tous ses sens d’avec lui font un soudain divorce :

Sa gorge enfle, et du sang dont le cours s’épaissitLe passage se ferme, ou du moins s’étrécit.

De ce sang renfermé la vapeur en furieSemble avoir étouffé sa colère et sa vie ;

Et déjà de son front la funeste pâleurN’opposait à la mort qu’un reste de chaleur,Lorsqu’une illusion lui présente son frère,

Et lui rend tout d’un coup la vie et la colère :

Il croit le voir suivi des ombres de six rois,

Qu’il se veut immoler une seconde fois;

Mais ce retour si prompt de sa plus noire audaceN’est qu’un dernier effort de la nature lasse,

Qui, prête à succomber sous la mort qui l’atteint,Jette un plus vif éclat, et tout d’un coup s’éteint.C’est en vain qu’il fulmine à cette affreuse vue,

Sa rage qui renaît en même temps le tue.L’impétueuse ardeur de ces transports nouveauxA son sang prisonnier ouvre tous les canaux ;

Son élancement perce ou rompt toutes les veines,

Et ces canaux ouverts sont autant de fontainesPar où l’âme et le sang se pressent de sortir,

Pour terminer sa rage et nous en garantir.

Sa vie à longs ruisseaux se répand sur le sable;Chaque instant l’affaiblit, et chaque effort l’accahle ;Chaque pas rend justice au sang qu’il a versé,

Et fait grâce à celui qu’il avait menacé.

Ce n’est plus qu’en sanglots qu’il dit ce qu’il croit pire ' ;Il frissonne, il chancelle, il trébuche, il expire;

Et sa fureur dernière, épuisant tant d'horreurs,Venge enfin l’univers de toutes ses fureurs.

1 Quelle hardiesse d’expression pour dire qu’Attila ne peutplus parler, parce que le sang le suffoque! (I,. Racine.)

SCÈNE VII.

ARDARIC, VALAMIR, IIONOR1E, ILDIONE,OCTAR.

Alt«AHIC.

Ce n’est pas tout, seigneur; la haine générale,N’ayant plus à le craindre, avidement s’étale;

Tous brillent de servir sous des ordres plus doux,Tous veulent à l’envi les recevoir de nous.

Ce bonheur étonnant que le ciel nous renvoieDe tant de nations fait la commune joie ;

La lin de nos périls en remplit tous les vœux,

Et, pour être tous quatre au dernier point heureux,Nous n’avons plus qu’à voir notre flamme avouéeDu souverain de Rome et du grand Mérouée :

La princesse des Francs m’impose cette loi.

HONOIUE.

Pour moi, je n’en ai plus à prendre que de moi.

ARDA1UC.

Ne perdons point de temps en ce retour d’affaires ;Allons donner tous deux les ordres nécessaires,Remplir ce trône vide, et voir sous quelles loisTant de peuples voudront nous recevoir pour rois.VALAMIH.

Me le permettez-vous , madame? et puis-je croireQue vous tiendrez enlin ma flamme à quelque gloire?

IIONOIUE.

Allez; et cependant assurez-vous, seigneur, [coeur*-Que nos destins changés n’ont point changé mon

1 Attila parut malheureusement la même année qu ’Andro-maque. I.a comparaison ne contribua pas à faire remonter Cor-neille i> ce haut point (le gloire où il s’était élevé; il baissait, ejRacine s’élevait : c’était alors le temps (le la retraite ; il dcv alprendre ce parti honorable. La plaisanterie (le Uespréaux de-vait l’avertir de ne plus travailler, ou de travailler avec plusd esoin :

J’ni vu l'Agésilas,

Hélas 1

Mais après T Attila,

Holà I

On connaît encore ces vers :

Peut aller au parterre attaquer Attfla ;lit, si le roi des Huns ne lui charme l'oreille.

Traiter de visigoths tous les vers de Corneille.

On a prétendu (cnr que ne prétend-on pas?) que Corneilleavait regardé ces vers comme un éloge; mais quel poêle trou-vera jamais bon qu’on traite ses vers de visigolhs, surtout lo,qu’ils sont en effet durs et obscurs pour la plupart? La duret la sécheresse dans Pexpression sont assez communéinenpartage de la vieillesse; il arrive alors h notre esprit ce quirive à nos fibres. Racine, dans la force de son Age, né a \ eC e?cœur tendre, un esprit flexible, une oreille harmomeu ^donnait h la langue française un charme qu’elle n’avait Peu jusqu'alors. Ses vers entraient dans la mémoire des speleurs comme un Jour doux entre dans les yeux. Jamais

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