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Tome second.
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215
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TITE ET BÉRÉNICE

SCÈNE II.

DOMITIAN, DOMITIE, ALBIN, PLAUTINE.

DOMITIAN.

Faut-il mourir, madame? et, si proche du terme,Votre illustre inconstance est-elle encor si ferme,

Que les restes d’un feu que j’avais cru si fortPuissent dans quatre jours se promettre ma mort 1 ?

DOMITIE.

Ce qu’on m’offre, seigneur, me ferait peu d’envie,

S’il en coûtait à Rome une si belle vie;

Et ce n’est pas un mal qui vaille en soupirer,

Que de faire une perte aisée à réparer.

DOMITIAN.

Aisée à réparer! Un choix qui m’a su plaire,

Et qui ne plaît pas moins à l’empereur mon frère,Charme-t-il l’un et l’autre avec si peu d’appasQue vous sachiez son prix, et le mettiez si bas?

domitie. [me,

Quoi qu’on ait pour soi-même ou d’amour ou d’esti-Ne s’en croire pas trop n’est pas faire un grand cri me.Mais n’examinons point, en cet excès d’honneur,

Si j’ai quelque mérite, ou n’ai que du bonheur.

Telle que je puis être, obtenez-moi d’un frère.

DOMITIAN.

Hélas ! si je n’ai pu vous obtenir d’un père,

1 Cetle seconde scène tient au delà de ce que la première aPromis. Un Domitian qui veut mourir d’amour! c’est mettrebn hochet entre les mains de Polyphème : et qu’est-ce qu’une^lustre inconstance proche du terme, si ferme, que les res-tes d r un feu si fort se promettent la mort de Domitian dansQuatre jours : 7 Ces paroles, ces tours inintelligibles qui sontc °®me jetés au hasard, forment un étrange discours. La prin-cesse Henriette joua un tour bien sanglant à Corneille, quandle lit travailler à Bérénice. On ne voit que trop combien las hite est digne de ce commencement. Quels vers que ceux-ci!

que de barbarismes ! Ce n’est pas un mal qui vaille en sou-Ptrer, un choix qui charme avec un peu d’appas , qu’on’toçt si bas; et tous ces compliments ironiques que se font Do-^•tian et Domitie; et cette beauté qui n’a écouté aucun des907 tpirants qui l’accablaient de leurs regards mourants;* son cœur qui va. tout à Domitian quand on le laisse aller!V. n est étonné qu’on ait pu jouer une pièce ainsi écrite, ainsimaloguée et raisonnée. Tous ces raisonnements de Domitie nePavent être écoutés. Comme la passion du trône est la. pre-elle est dominante : ce n’est pas qu’elle ne se violenteIrahir l’amour , mais il est juste que des soupirs secrets laPunissant d’aimer contre ses intérêts. Il semble que, dansette pièce, Corneille ait voulu, en quelque sorte, imiter ce,°uble amour qui règne dans VAndromaqnc, et qu’il ait tenté. plier la roideur de son caractère à ce genre de tragédie siet si difficile. Domitian aime Domitie ; Titus aime aussiomitte un peu : on propose Bérénice à Domitian, et Bérénicefai a * Iïl ^ e véritablement de Titus. Avouons qu’on ne pouvaitun plus mauvais plan. (V.) — On prétend que Corneilleairu^ 1116 ’ P ress ® P ar ' e comédien Baron de lui expliquer cescè v °ulu dire par les quatre premiers vers de cette

ne i ne put jamais lui en donner le sens. (P.)

ACTE I, SCÈNE II. 215

Si même je ne puis vous obtenir de vous,Qu’obtiendrai-je d’un frère amoureux et jaloux?

DOMITIE.

Et moi, résisterai-je à sa toute-puissance,

Quand vous n’y répondez qu’avec obéissance? [tien,Moi qui n’ai sous les cieux que vous seul pour sou-Que puis-je contre lui, quand vous n’y pouvez rien ?

DOMITIAN.

Je ne puis rien sans vous, et pourrais tout, madame,Si je pouvais encor m’assurer de votre âme.

DOMITIE.

Pouvez-vous en douter, après deux ans de pleursQu’à vos yeux-j’ai donnés à nos communs malheurs?Durant un déplaisir si long et si sensibleDe voir toujours un père à nos vœux inflexible,

Ai-je écouté quelqu’un de tant de soupirantsQui m’accablaient partout de leurs regards mourants ?Quel que fût leur amour, quel que fût leur mérite....

DOMITIAN.

Oui, vous m’avez aimé jusqu’à l’amour de Tite.

Mais de ces soupirants qui vous offraient leur foiAucun ne vous eût mise alors si haut que moi ;

Votre âme ambitieuse à mon rang attachéeN’en voyait point en eux dont elle fût touchée :

Ainsi de ces rivaux aucun n’a réussi.

Mais les temps sont changés, madame, et vous aussi.

domitie. [me

Non, seigneur, je vous aime, et garde au fond de l’â-Tout ce que j’eus pour vous de tendresse et de flamme :L’effort que je me fais me tue autant que vous ;

Mais entin l’empereur veut être mon époux.domitian.

Ab! si vous n’acceptez sa main qu’avec contrainte,Venez, venez, madame, autoriser ma plainte :L’empereur m’aime assez pour quitter vos liensQuand je lui porterai vos vœux avec les miens.

Dites que vous m’aimez, et que tout son empire....

DOMITIE.

C’est ce qu’à dire vrai j’aurai peine à lui dire,Seigneur; et le respect qui n’y peut consentir....

DOMITIAN.

Non, votre ambition ne se peut démentir.

Ne la déguisez plus, niontrez-ia tout entière,

Cette âme que le trône a su rendre si fière,

Cette âme dont j’ai fait les plaisirs les plus doux,Cette âme...

DOMITIE.

Voyez-là cette âme toute à vous,Voyez-y tout ce feu que vous y fîtes naître;

Et soyez satisfait, si vous le pouvez être.

Je ne veux point, seigneur, vous le dissimuler,

Mon cœur va tout à vous quand je le laisse aller :Mais sans dissimuler j’ose aussi vous le dire ,

Ce n’est pas mon dessein qu’il m’en coûte l’empire ;