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222 TfTE ET BÉRÉNICE,
DOMITIE.
Oui ; mais auparavant remettons nos esprits.
ACTE TROISIÈME.
SCÈNE PREMIÈRE.
DOMITIAN, BÉRÉNICE, PHILON.
DOMITIAN.
Je vous l’ai dit, madame, et j’aime à le redire,
Qu’il est beau qu’à vous plaire un empereur aspire, jQu’il lui doit être doux qu’un véritable feuPar de justes soupirs mérite votre va u.
Serait-ce un crime à moi, serait-ce vous déplaire, iAprès un empereur, de vous offrir son frère?
Et voudriez-vous croire, en faveur de ma foi,
Qu’un frère d’empereur pourrait valoir un roi ?BÉRÉNICE.
Si votre âme, seigneur, en veut être éclaircie, .
Vous pouvez le savoir de votre Domitie. J
De tous les deux aimée, et douce à tous les deux,
Elle sait mieux que moi comme on change de vœux,Et sait peut-être mal la route qu’il faut prendre 1Pour trouver le secret de les faire descendre,
Quelque facilité qu’elle ait eue à trouver,
Malgré sa flamme et vous, l’art de les élever.
Pour moi, qui n’eusjamais l’honneur d’être Romaine,Et qu’un destin jaloux n’a fait naître que reine,
Sans qu’un de vous descende au rang que je remplis,Ce me doit être assez d’un de vos affranchis ;
Et, si votre empereur suit les traces des autres,
Il suffit d’un tel sort pour relever les nôtres.
Mais changeons de discours, et me dites, seigneur,Par quel ordre aujourd’hui vous m’offrez votre cœur.Est-ce pour obliger ou Domitie ou Tite?
N’ose-t-il me quitter à moins que je le quitte?
Et peut-il à son rang si peu se confier,
Qu’il veuille mon exemple à se justifier?
Me donne-t-il à vous alors qu'il m’abandonne ?
DOMITIAN.
Il vous respecte trop ; c’est à vous qu’il me donne,
Et me fait la justice, en m’enlevant mon bien,
De vouloir que je tâche à m’enrichir du sien :
Mais à peine il le veut, qu’il craint pour moi la haineQue Rome concevrait pour l’époux d’une reine.
C’est à vous déjuger d’où part ce sentiment.
En vain, par politique, il fait ailleurs l’amant;
Il s’y réduit en vain par grandeur de courage :
A ces fausses clartés opposez quelque ombrage;
Et je renonce au jour, s’il ne revient à vous,
ACTE III, SCÈNE II.
Pour peu que vous penchiez à le rendre jaloux
BÉRÉNICE.
Peut-être. Mais, seigneur, croyez-vous BéréniceD’un cœur à s’abaisser jusqu’à cet artifice,
Jusques à mendier lâchement le retourDe ce qu’un grand service a mérité d’amour?
DOMITIAN.
Madame, sur ce point je n’ai rien à vous dire.
Vous savez ce que vaut l’empereur et l’empire;
Et, si vous consentez qu’on vous manque de foi,Vous pouvez remarquer si je vaux bien un roi..T’aperçois Domitie, et lui cède la place.
SCÈNE IL
DOMITIE, BÉRÉNICE, DOMITIAN,PIIILON.
DOMITIE.
Je vais me retirer, seigneur, si je vous chasse;
Et j’ai des intérêts que vous servez trop bienPour arrêter le cours d’un si long entretien.
DOMITIAN.
Je faisais à la reine une offre de serviceQui peut vous assurer le rang d’impératrice,Madame; et, si j’en suis accepté pour époux ,
Tite n’aura plus d’yeux pour d’autres que pour vous.Est-ce vous mal servir?
DOMITIE.
Quoi! madame, il vous aime?
BÉRÉNICE.
Non ; mais il me le dit, madame.
DOMITIE.
Lui?
BÉRÉNICE.
Lui-même.
Est-ce vous offenser que m’offrir vos refus ?
Et vous doit-il un cœur dont vous ne voulez plus?
DOMITIE.
Je ne sais si je puis vous dire s’il m’offense,
Quand vous vous préparez à prendre sa défense.
BÉRÉNICE.
Kt moi je ne sais pas s’il a droit de changer,
Mais je sais que l’amour ne peut désobliger.
DOMITIE.
Du moins ce nouveau feu rend justice au mérite.
DOMITIAN.
Vous m’avez commandé de quitter qui me quitte,Vous le savez, madame; et, si c’est vous trahir,
Vous m’avoûrez aussi que c’est vous obéir.
DOMITIE.
S’il échappe à l’amour un mot qui le trahisse,
A l’effort qu’il se fait veut-il qu’on obéisse?
Il cherche une révolte, et s’en laisse charmer.