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Tome second.
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T1TE ET BÉRÉNICE,

Vous le sauriez, ingrat, si vous saviez aimer,

Et ne vous feriez pas l’indigne violenceDe vous offrir ailleurs, et même en ma présence.

domiti . vn , à Bérénice.

Madame, vous voyez ce que je vous ai dit ; ■

La preuve est convaincante, et l’exemple suffit.

BÉRÉNICE.

11 suffit pour vous croire, et non pas pour le suivre.

DOMITIE.

Allez, sous quelques lois qu’il vous plaise de vivre,Vivez-y, j’y consens ; mais vous pouviez , seigneur,Vous hâter un peu moins de m’âter votre cœur,Attendre que l’honneur de ce grand hyménéeVous renvoyât la foi que vous m’avez donnée.

Si vous vouliez passer pour véritable amant,

Il fallait espérer jusqu’au dernier moment;

H vous fallait...

DOMITI.4.N.

Eh bien ! puisqu’il faut que j'espère ,Madame, faites grâce à l’empereur mon frère,

A la reine, à vous-même enfin, si vous m’aimezAutant qu’il le paraît à vos yeux alarmés.

Les scrupules d’État, qu’il fallait mieux combattre,Assez et trop longtemps nous ont gênés tous quatre :Réunissez des cœurs de qui rompt l’unionCette chimère en Tite, en vous l’ambition.

Vous trouverez au mien encor les mêmes flammesQui, dès que je vous vis, charmèrent nos deux âmes.Dès ce premier moment j’adorai vos appas ;

Dès ce premier moment je ne vous déplus pas.

Ai-je épargné depuis aucuns soins pour vous plaire ?Est-ce un crime pour moi que l’aînesse d’un frère?Et faut-il m’accabler d’un éternel ennuiPour avoir vu le jour deux lustres après lui ?

Comme si de mon choix il dépendait de naîtreDans le temps qu’il fallait pour devenir son maître.

( à Bérénice. )

Au nom de votre amour et de ce digne amant,Madame, qui vous aime encor si chèrement,

Prenez quelque pitié d’un amant déplorable ;Eaites-la partager à cette inexorable ;

Dissipez la fierté d’une injuste rigueur.

Pour juge entre elle et moi je ne veux que son cœur.■Je vous laisse avec elle arbitre de ma vie.

(à Domitie.)

Adieu, madame : adieu, trop aimable ennemie.

SCÈNE IIJ.

Bérénice, domitie, philon.

j . BÉRÉNICE.

•es intérêts du prince avancent trop le mien°ur vous oser, madame, importuner de rien ;

ACTE I1L, SCÈNE HT.

Et l’incivilité de la moindre prièreSemblerait vous presser de me rendre son frère.

Tout ce qu’en sa faveur je crois m’être permis,

A près qu’à votre cœur lui-même il s’est remis,

C’est de vous faire voir ce que hasarde une âmeQui sacrifie au rang les douceurs de sa flamme,

Et quel long repentir suit ces nobles ardeursQui soumettent l’amour à l’éclat des grandeurs.

DOMITIE.

Quand les choses, madame, auront changé de face,Je reviendrai savoir ce qu’il faut que je fasse,

Et demander votre ordre avec empressement

Sur le choix ou du prince ou de quelque autre amant.

Agréez cependant un respect qui m’amène

Vous rendre mes devoirs comme à ma souveraine ;

Car je n’ose douter que déjà l’empereur

Ne vous ait redonné bonne part en son cœur.

Vous avez sur vos rois pris ce digne avantageD’être ici la première à rendre un juste hommage;

Et, pour vous imiter, je veùx avoir le bienD’être aussi la première à vous offrir le mien.

Cet exemple qu’aux rois vous donnez pour un homme,J’aime pour une reine à le donner à Rome ;

Et plus il est nouveau, plus j’ai lieu d’espérerQue de quelques bontés vous voudrez m’honorer.

BÉRÉNICE.

A vous dire le vrai, sa nouveauté m’étonne :

J’aurais eu quelque peine à vous croire si bonne ;

Et je recevrais l’offre avec confusionSi je n’y soupçonnais un peu d’illusion.

Quoi qu’il en soit, madame, en cette incertitudeQui nous met l’une et l’autre en quelque inquiétude.Ce que je puis répondre à vos civilités ,

C’est de vous demander pour moi mêmes bontés,

Et que celle des deux qui sera satisfaiteTraite l’autre de l’air qu’elle veut qu’on la traite.

J’ai vu Tite se rendre au peu que j’ai d’appas ;

Je ne l’espère plus, et n’y renonce pas.

Il peut se souvenir, dans ce grade sublime,

Qu’il soumit votre Rome en détruisant Solyme,Qu’en ce siège pour lui je hasardai mon rang,Prodiguai mes trésors, et mes peuples leur sang,

Et que, s’il me fait part de sa toute-puissance,

Ce sera moins un don qu’une reconnaissance.

DOMITIE.

Ce sont là de grands droits; et, si l’amour s’y joint,Je dois craindre une chute à n’en relever point.

Tite y peut ajouter que je n’ai point la gloireD’avoir sur ma patrie étendu sa victoire,

De l’avoir saccagée et détruite à l’envi,

Et renversé l’autel du dieu que j’ai servi :

C’est par là qu’il vous doit cette haute fortune.

Mais je commence à voir que je vous importune.Adieu. Quelque autrefois nous suivrons ce discours.