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TITE ET BÉRÉNICE,
BÉRÉNICE.
Je suis venue ici trop tôt de quatre jours ;
J’en suis au désespoir, et vous en fai^excuse.
DOMITIE.
Dans quatre jours, madame, on verra qui s’abuse.
SCÈNE IV.
BÉRÉNICE, PHILON.
RÉRENICE.
Quel caprice, Philon, l’amène jusqu’iciM’expliquer elle-même un si cuisant souci ?
Tite après mon départ l’aurait-il maltraitée?
PHILON.
Après votre départ il l’a soudain quittée,
Madame, et s’est défait de cet esprit jalouxAvec un compliment encor plus court qu’à vous.
BÉRÉNICE.
Ainsi tout est égal ; s’il me chasse, il la quitte.
Mais ce peu qu’il m’a dit ne peut qu’il ne m’irrite :
Il marque trop pour moi son infidélité.
Vois de ses derniers mots quelle est la dureté :a Qu’on la serve, a-t-il dit, comme elle fut serviea Alors qu’elle faisait le bonnheur de ma vie. »
Je ne le fais donc plus ! Voila ce que j’ai craint.
Il fait en liberté ce qu’il faisait contraint.
Cet ordre de sortir, si prompt et si sévère,
N’a plus pour s’excuser l’autorité d’un père ;
11 est libre, il est maître, il veut tout ce qu’il fait.
PHILON.
Du peu qu’il vous a dit j’attends un autre effet.
Le trouble de vous voir auprès d’une rivaleVoulait pour se remettre un moment d’intervalle;
Et quand il a rompu sitôt vos entretiens,
Je lisais dans ses yeux qu’il évitait les siens,
Qu’il fuyait l’embarras d’une telle présence.
Mais il vient à son tour prendre son audience,Madame ; et vous voyez si j’en sais bien juger.
Songez de quelle sorte il faut le ménager.
SCÈNE V.
TITE, BÉRÉNICE, FLAVIAN, PHILON.
BÉRÉNICE.
Me cherchez-vous, seigneur, après m’avoir chassée ?
TITE.
Vous avez su mieux lire au fond de ma pensée,Madame ; et votre cœur connaît assez le mienPour me justifier sans que j’explique rien.
BÉRÉNICE.
Mais justifiera-t-il le don qu’il vous plaît faireDe ma propre personne au prince votre frère ?
ACTE 111, SCÈNE V.
Et n’est-ce point assez de me manquer de foi,
Sans prendre encor le droit de disposer de moi ?Pouvez-vous jusque-là me bannir de votre âme?
Le pouvez-vous, seigneur?
TITE.
Le croyez-vous, madame ?
BÉRÉNICE.
Hélas! que j’ai de peur de vous dire que non !
J’ai voulu vous haïr dès que j’ai su ce don :
Mais à de tels courroux l’âme en vain se confie ;
A peine je vous vois que je vous justifie.
Vous me manquez de foi, vous me donnez, chassez.Que de crimes ! Un mot les a tous effacés.
Faut-il, seigneur, faut-il que je ne vous accuseQue pour dire aussitôt que c’est moi qui m’abuse,Que pour me voir forcée à répondre pour vous?Épargnez cette honte à mon dépit jaloux ;Sauvez-moi du désordre où ma bonté m’expose ,
Et du moins par pitié dites-moi quelque chose ;Aecusez-moi plutôt, seigneur, à votre tour,
Et m’imputez pour crime un trop parfait amour.
Vos chimères d’État, vos indignes scrupules,
Ne pourront-ils jamais passer pour ridicules?
En souffrez-vous encor la tyrannique loi ?
Ont-ils encor sur vous plus de pouvoir que moi?
Du bonheur de vous voir j’ai l’âme si ravie,
Que, pour peu qu’il durât, j’oublîrais Domitie.Pourrez-vous l’épouser dans quatre jours ? O deux!Dans quatrejours! seigneur, y voudrez-vous mes yeux?Vous plairez-vous à voir qu’en triomphe menéeJe serve de victime à ce grand hyménée;
Que, traînée avec pompe aux marches de l’autel,J’aille de votre main attendre un coup mortel?
M’y verrez-vous mourir sans verser une larme?Vous y préparez-vous sans trouble et sans alarme?Et si vous concevez l’excès de ma douleur,
N’en rejaillit-il rien jusque dans votre cœur?
TITE.
Hélas ! madame, hélas ! pourquoi vous ai-je vue!
Et dans quel contre-temps êtes-vous revenue!
Ce qu’on fit d’injustice à de si chers appasM’avait assez coûté pour ne l’envier pas. [ce ;
Votre absence et le temps m’avaient fait quelque grâ-J’en craignais un peu moins les malheurs oùje passe;Je souffrais Domitie, et d’assidus effortsM’avaient, malgré l’amour, fait maître du dehors.
La contrainte semblait tourner en habitude;
Le joug que je prenais m’en paraissait moins rude ;Et j’allais être heureux, du moins aux yeux de tous,Autant qu’on le peut être en n’étant point à vous.J’allais...
BÉRÉNICE.
N’achevez point, c'est là ce qui me tue.Et je pourrais souffrir votre hymen à ma vue,