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Tome second.
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TITE ET BÉRÉNICE, ACTE III, SCÈNE V. 225

Si vous aviez choisi quelque objet sans éclat,

Qui ne pût être à vous que par raison d’État,

Qui de ses grands aïeux n’eût reçu rien d’aimable,Qui n’en eût que le nom qui fût considérable.

" Il s’est assez puni de son manque de foi,

* Me dirais-je, et son cœur n’en est pas moins à moi. »Mais Domitie est belle, elle a tout l’avantageQu’ajoute un vrai mérite à l’éclat du visage ;

Et, pour vous épargner les discours superflus,

Elle est digne de vous, si vous ne m’aimez plus.

Elle a toujours charmé le prince votre frère,

Elle a gagné sur vous de ne vous plus déplaire :L’hymen achèvera de me faire oublier;

Elle aura votre cœur, et l’aura tout entier.

Seigneur, faites-moi grâce ; épousez Sulpitie,

Ou Camille, ou Sabine, et non pas Domitie ;Choisissez-en quelqu’une enfin dont le bonheurNe m’ôte que la main, et me laisse le cœur.

TITE.

Lomitie aisément souffrirait ce partage ;

Nia main satisferait l’orgueil de son courage :

Et pour le cœur, à peine il vous sait en ces lieux,Qu’il revient tout entier faire hommage à vos yeux.

BÉRÉNICE.

N’importe ; ayez pitié, seigneur, de ma faiblesse.v ous avez un cœur fait à changer de maîtresse :Lous ne savez que trop l’art de manquer de foi ;

Ne l’exercerez-vous jamais que contre moi?

TITE.

Obmitie est le choix de Rome et de mon père :

Es crurent à propos de l’ôter à mon frère,crainte que ce cœur jeune et présomptueuxNe rendit téméraire un prince impétueux.

Si pour vous obéir je lui suis infidèle,

Eome, qui l’a choisie, y consentira-t-elle?

BÉRÉNICE.

Quoi ! Rome ne veut pas quand vous avez voulu?Que faites-vous, seigneur, du pouvoir absolu?

N êtes-vous dans ce trône, où tant de monde aspire,Que pour assujettir l’empereur à l’empire 1 ?

Sur ses plus hauts degrés Rome vous fait la loi !

Elle affermit ou rompt le don de votre foi !

^El si j’en puis juger sur ce qu’on voit paraître,v °us en êtes l’esclave encor plus que le maître.

TITE.

e * est le triste sort de ce rang souverain,

VUi ne dispense pas d’avoir un cœur romain ;

Ou plutôt dés Romains tel est le dur capriceA suivre obstinément une aveugle injustice,

Qui, rejetant d’un roi le nom plus que les lois,Accepte un empereur plus puissant que cent rois.C’est ce nom seul qui donne à leurs farouches hainesCette invincible horreur qui passe jusqu’aux reines,Jusques à leurs époux ; et vos yeux adorésVerraient de notre hymen naître cent conjurés.Encor s’il n’y fallait hasarder que ma vie ;

Si ma perte aussitôt de la vôtre suivie....

BÉRÉNICE.

Non, seigneur, ce n’est pas aux reines comme moiA hasarder leurs jours pour signaler leur foi.

La plus illustre ardeur de périr l’un pour l’autreN’a rien de glorieux pour mon rang et le vôtre :L’amour de nos pareils la traite de fureur ;

Et ces vertus d’amant ne sont pas d’empereur.

Mes secours en Judée achevèrent l’ouvrageQu’avait des légions ébauché le suffrage :

11 m’est trop précieux pour le mettre au hasard ;

Et j’y pouvais, seigneur, mériter quelque part,N’était qu’affermissant votre heureuse fortuneJe n’ai fait qu’empêcher qu’elle nous fût commune.Si j’eusse eu moins pour elle ou de zèle ou de foi,Vous seriez moins puissant, mais vous seriez à moi ;Vous n’auriez que le nom de général d’armée,

Mais j’aurais pour époux l’amant qui m’a charmée ;Et je posséderais dans ma cour, en repos,

Au lieu d’un empereur le plus grand des héros.

TITE.

Eh bien ! madame, il faut renoncer à ce titreQui de toute la terre en vain me fait l’arbitre.

Allons dans vos États m’en donner un plus doux ;Ma gloire la plus haute est celle d’être à vous.

Allons où je n’aurai que vous pour souveraine,

Où vos bras amoureux seront ma seule chaîne,

Où l’hymen en triomphe à jamais l’étreindra ;

Et soit de Rome esclave et maître qui voudra.

BÉRÉNICE.

Il n’est plus temps : ce nom, si sujet à l’envie,

Ne se quitte jamais, seigneur, qu’avec la vie;

Et des nouveaux césars la tremblante fiertéN ’ose faire de grâce à ceux qui l’ont porté :

Qui l’a pris une fois est toujours punissable.

Ce fut par là qu’Othon se traita de coupable,

Par là Vitellius mérita le trépas ;

Et vous n’auriez partout qu’assassins sur vos pas.

do. î anine a rendu la même idée. Néron, irrité des reproches8 Romains, s’écrie :

Suis-je leur empereur seulement pour leur plaire?

Britannicus, acte IV, ec, 111.

Jj,” u est peut-être pas inutile de faire remarquer ici que Brilan-Ueiiiê *' aru ! en 1609, et qu’ainsi Racine a la priorité sur Cor-

Que faire.donc, madame?

BÉRÉNICE.

Assurer votre vie;

Et s’il y faut enfin la main de Domitie....

Mais adieu. Sur ce point si vous pouvez douter,

Ce n’est pas moi, seigneur, qu’il en faut consulter.

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CORNF.H.LE.

TOME II.