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Tome second.
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230 TITE ET BÉRÉNICE,

DOMITIAN.

Pouvez-vous mieux choisir un frein à sa colère,Seigneur, que de la mettre entre les mains d’un frère?

TITE.

Non, je ne puis la mettre en de plus sûres mains ;

Mais, plus vous m’êtes cher, prince, et plus je vous crains :De ceux qu’unit le sang plus douces sont les chaînes,Plus leur désunion met d’aigreur dans leurs haines ;L’offense en est plus rude, et le courroux plus grand,

La suite plus barbare, et l’effet plus sanglant.

La nature en fureur s’abandonne à tout faire,

Et cinquante ennemis sont moins haïs qu’un frère.

Je ne réveille point des soupçons assoupis,

Et veux bien oublier le temps de Civilis :

Vous étiez encor jeune, et, sans vous bien connaître,Vous pensiez n’être né que pour vivre sans maître.Mais les occasions renaissent aisément :

Une femme est flatteuse, un empire est charmant,

Et comme avec plaisir on s’en laisse surprendre,

On néglige bientôt le soin de s’en défendre.

Croyez-moi, séparez vos intérêts des siens.

DOMITIAN.

Eh bien ! j’en briserai les dangereux liens.

Pour votre sûreté j’accepte ce supplice ;

Mais, pour m’en consoler, donnez-moi Bérénice.

Dût le sénat, dût Rome en frémir de courroux,

Vous n’osez l’épouser, j’oserai plus que vous;

Je l’aime, et l’aimerai si votre âme y renonce.

Quoi! n’osez-vous, seigneur, me faire de réponse?

TITE.

Se donne-t-elle à vous, et ne tient-il qu’à moi?

DOMITIAN.

Elle a droit d’imiter qui lui manque de foi.

TITE.

Elle n’en a que trop; et toutefois je douteQue son amour trahi prenne la même route.

DOMITIAN.

Mais si pour se venger elle répond au mien ?

TITE.

Épousez-la, mon frère, et ne m’en dites rien.

DOMITIAN.

Et si je regagnais l’esprit de Domitie ?

Si pour moi sa fierté se montrait adoucie ?

Si mes vœux, si mes soins en étaient mieux reçus,Seigneur?

tite , en rentrant.

Épousez-la sans m’en parler non plus.

DOMITIAN.

Allons, et malgré lui rendons-lui Bérénice.

Albin, de nos projets son amour est complice;

Et, puisqu’il l’aime assez pour en être jaloux,

Malgré l’ambition Domitie est à nous.

ACTE V, SCÈNE I.

NCTE CINQUIÈME.

SCÈNE PREMIÈRE.

TITE, FLAVIAN.

TITE.

As-tu vu Bérénice? aime-t-elle mon frère?

Et se plaît-elle à voir qu’il tâche de lui plaire ?

Me la demande-t-il de son consentement?

FLAVIAN.

Ne la soupçonnez point d’un si bas sentiment;

Elle n’en peut souffrir non pas même la feinte.

TITE.

As-tu vu dans son cœur encor la même atteinte?

FLAVIAN.

Elle veut vous parler, c’est tout ce que j’en sai.

TITE.

Faut-il de son pouvoir faire un nouvel essai ?

FLAVIAN.

M’en croirez-vous, seigneur ? évitez sa présence,

Ou mettez-vous contre elle un peu mieux en défense.Quel fruit espérez-vous de tout son entretien?

TITE.

L’en aimer davantage, et ne résoudre rien.

FLAVIAN.

L’irrésolution doit-elle être éternelle?

Vous ne me dites plus que Domitie est belle,Seigneur, vous qui disiez que scs seules beautésVous peuvent consoler de ce que vous quittez ;Qu’elle seule en ses yeux porte de quoi contraindreVos feux à s’assoupir, s’ils ne peuvent s’éteindre.

TITE.

Je l’ai dit, il est vrai ; mais j’avais d’autres yeux,

Et je ne voyais pas Bérénice en ces lieux.

FLAVIAN.

Quand aux feux les plus beaux un monarque défère,Il s’en fait un plaisir, et non pas une affaire,

Et regarde l’amour comme un lâche attentatDès qu’il veut prévaloir sur la raison d’Etat.

Son grand cœur, au-dessus des plus dignes amorces,A ses devoirs pressants laisse toutes leurs forces ;

Et son plus doux espoir n’ose lui demanderCe que sa dignité ne lui peut accorder.

TITE.

Je sais qu’un empereur doit parler ce langage;

Et, quand il l’a fallu, j’en ai dit davantage :

Mais de ces duretés que j’étale à regret,

Chaque mot à mon cœur coûte un soupir secret ;

Et quand à la raison j’accorde un tel empire,

Je le dis seulement parce qu’il le faut dire,

Et qu’étant au-dessus de tous les potentats,

Il me serait honteux de ne le dire pas.

De quoi s’enorgueillit un souverain de Rome,