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Tome second.
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TITE ET BÉRÉNICE, ACTE Y, SCÈNE II.

Si par respect pour elle il doit cesser d’être homme,Éteindre un feu qui plaît, ou ne le ressentirQue pour s’èn faire honte et pour le démentir?

Cette toute-puissance est bien imaginaire,

Qui s’asservit soi-même à la peur de déplaire,

Qui laisse au goût public régler tous ses projets,

Et prend le plus haut rang pour craindre ses sujets.Je ne me donne point d’empire sur leurs âmes,

Je laisse en liberté leurs soupirs et leurs flammes;

Et quand d’un tel objet j’en vois quelqu’un charmé,J’applaudis au bonheur d’aimer et d’être aimé.

Quand je l’obtiens du ciel, me portent-ils envie?Qu’ont d’amer pour eux tous les douceurs de ma vie?Et par quel intérêt...

FLAVIAN.

Ils perdraient tout en vous.Yous faites le bonheur et le salut de tous,

Seigneur; et l’univers de qui vous êtes l’âme....

TITE.

Ne perds plus de raisons à combattre ma flamme ;Ees yeux de Bérénice inspirent des avisQui persuadent mieux que tout ce que tu dis.

FLAVIAN.

Ne vous exposez donc qu’à ceux de Domitie.

TITE.

Je n’ai plus, Flavian, que quatre jours de vie :Pourquoi prends-tu plaisir à les tyranniser?

FLAVIAN.

Mais vous savez qu’il faut la perdre où l’épouser?

TITE.

En vain donc à ses vœux tout mon amour s’oppose,Périr ou faire un crime est pour moi même chose.Eaissons-lui toutefois soulever des mutins ;hasardons sur la foi de nos heureux destins :

Es m’ont promis la reine, et doivent à ses charmesl'out ce qu’ils ont soumis à l’effort de mes armes :Par elle j’ai vaincu, pour elle il faut périr.

FLAVIAN.

Seigneur...

TITE.

Oui, Flavian, c’est à faire à mourir.

Ca vie est peu de chose ; et tôt ou tard, qu’importeQu’un traître me l’arrache, ou que l’âge l’emporte?1N °us mourons àtouteheure;etdansleplusdouxsortChaque instant de la vie est un pas vers la mort l .

FLAVIAN.

lattez mieux les désirs de votre ambitieuse,

1 ne la changez pas de fière en furieuse.

ce h ^' C0 ' e ’ dans ses Essais de morale, a employé tout entierde ]\ au vers de Corneille. 11 en est un autre de la dernière scènacte précédent qui n’est pas moins digne de remarque :

Et qui veut pouvoir tout ne doit pas tout oser.

Volt,

néBr* lre ’ si attentif à faire apercevoir les fautes, ne devait pas® ’6cr de faire sentir les beautés. (P.)

Elle vient vous parler.

TITE.

Dieux ! quel comble d’ennuis !

SCÈNE II.

DOMITIE, TITE, FLAVIAN, PLAUTINE.

DOMITIE.

Je viens savoir de vous, seigneur, ce que je suis.

J’ai votre foi pour gage, et mes aïeux pour marquesDu grand droit de prétendre au plus grand des monarques,Mais Bérénice est belle, et des yeux si puissantsRenversent aisément des droits si languissants.

Ce grand jour qui devait unir mon sort au vôtre,Servira-t-il, seigneur, au triomphe d’une autre ?

TITE.

J’ai quatre jours encor pour en délibérer,

Madame; jusque-là laissez-moi respirer.

C’est peu de quatre jours pour un tel sacrifice ;

Et s’il faut à vos droits immoler Bérénice,

Je ne vous réponds pas que Rome et tous vos droitsPuissent en quatre jours m’en imposer les lois.

domitie. fdre,

Il n’en faudrait pas tant, seigneur, pour vous résou-A lancer sur ma tête un dernier coup de foudre,

Si vous ne craigniez point qu’il rejaillît sur vous.

TITE.

Suspendez quelque temps encore ce grand courroux.Puis-je étouffer sitôt une si belle flamme?

DOMITIE.

Quoi ! vous ne pouvez pas ce que peut une femme ?Que vous me rendez mal ce que vous me devez!

J’ai brisé de beaux fers, seigneur; vous le savez;

Et mon âme, sensible à l’amour comme une autre,En étouffe un peut-être aussi fort que le vôtre.

TITE.

Peut-être auriez-vous peine à le bien étouffer,

Si votre ambition n’en savait triompher.

Moi qui n’ai que les dieux au-dessus de ma tête,

Qui ne vois plus de rang digne de ma conquête,

Du trône où je me sieds puis-je aspirer à rienQu’à posséder un cœur qui n’aspire qu’au mien ?C’est là de mes pareils la noble inquiétude :L’ambition remplie y jette leur étude ;

Et sitôt qu’à prétendre elle n’a plus de jour,

Elle abandonne un cœur tout entier à l’amour.

DOMITIE.

Elle abandonne ainsi le vôtre à cette reine,

Qui cherche une grandeur encor plus souveraine.

TITE.

Non, madame : je veux que vous sortiez d’erreur.Bérénice aime Tite et non pas l’empereur ;

Elle en veut à mon cœur et non pas à l’empire.

DOMITIE.

D’autres avaient déjà pris soin de me le dire,