PULCHÉRIE, ACTE I, SCÈNE I.
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PERSONNAGES.
PULCHÉRIE, impératrice d'Orient.
MARTIAN, vieux sénateur, ministre d’État sous Théodosele Jeune.
LÉON, amant de Pulchérie.
ASPAR, amant d’Irène.
IRÈNE, sœur de Léon.
JUSTINE, tille de Martian.
La scène est à Constantinople, dans le palais impérial.
ACTE PREMIER.
SCÈNE PREMIÈRE.
PULCHÉRIE, LÉON.
PULCHÉRIE.
Je vous aime, Léon, et n’en fais point mystère 1 ;Des feux tels que les miens n’ont rien qu’il faille taire :Je vous aime, et non point de cette folle ardeurQue les yeux éblouis font maîtresse du cœur,
Non d’un amour conçu par les sens en tumulte,
A qui l'âmeapplaudit sans qu’elle se consulte,
Et qui, ne concevant que d’aveugles désirs,
Languit dans les faveurs, et meurt dans les plaisirs :Ma passion pour vous, généreuse et solide,
A la vertu pour âme, et la raison pour guide,
La gloire pour objet, et veut sous votre loi"lettre en ce jour illustre et l’univers et moi.
Mon aïeul Théodose, Arcadius mon père,
Cet empire quinze ans gouverné pour un frère,L’habitude à régner, et l'horreur d’en déchoir,Voulaient dans un mari trouver même pouvoir.
Je vous en ai cru digne ; et, dans ces espérances,Dont un penchant flatteur m’a fait des assurances,
1 Ces premiers vers sont imposants : ils sont bien faits ; il n’ya pas une faute contre la langue, et ils prouvent que Corneilledurait pu écrire encore avec force et avec pureté, s’il avaitv °ulu travailler davantage ses ouvrages. Cependant les connais-seurs d’un goût exercé sentiront bien que ce début annoncetine pièce froide. Si Pulchérie aime ainsi, son amour ne doitêuère toucher. On s’aperçoit encore que c’est le poète quiParle, et non la princesse : c’est un défaut dans lequel Cor-^dle tombe toujours. Quelle princesse débutera jamais par
que l’amour languit dans les faveurs, et meurt dans les
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P ’hsirs? Quelle idée ces vers ne donnent-ils pas d’une voluptéjj U( i Pulchérie ne doit pas connaître? De plus, cette PulchérieSerto • * Ci < * ue r, -P , ' ter ce d ue Viriale a dit dans la tragédie de
Ce ne sont pas les sens que mon amour consulte;
11 hait des passions l’impétueux tumulte.
J h des beautés de pure déclamation ; il y a des beautés de
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‘‘‘ht, qui sont les véritables. (V.)
De tout ce que sur vous j’ai fait tomber d’emploisAucun n’a démenti l’attente de mon choix;
Vos hauts faits à grands pas nous portaient à l’empire;J’avais réduit mon frère à ne m’en point dédire;
Il vous y donnait part, et j’étais toute à vous :
Mais ce malheureux prince est mort trop tôt pourL’empire est à donner, et le sénat s’assemble [nous.Pour choisir une tête à ce grand corps qui tremble,Et dont les Huns, les Goths, les Vandales, les Francs,Bouleversent la masse et déchirent les flancs '.
Je vois de tous côtés des partis et des ligues;Chacun s’entre-mesure et forme ses intrigues.Procope, Gratian, Aréobintle, Aspar,
Vous peuvent enlever ce grand nom de césar :
Ils ont tous du mérite ; et ce dernier s’assureQu’on se souvient encor de son père Ardabure,
Qui terrassant Mitrane en combat singulier,
Nous acquit sur la Perse un avantage entier,
Et, rassurant par là nos aigles alarmées,
Termina seul la guerre aux yeux des deux armées.
Mes souhaits, mon crédit, mesamis, sont pour vous;Mais, à moins que ce rang, plus d’amour, point d’époux :Il faut, quelques douceurs que cet amour propose,Le trône, ou la retraite au sang de Théodose;
Et, si par le succès mes desseins sont trahis,
Je m’exile en Judée auprès d’Athénaïs.
LÉON.
Je vous suivrais, madame, et du moins sans ombrageDe ce que mes rivaux ont sur moi d’avantage,
Si vous ne m’y faisiez quelque destin plus doux,
J’y mourrais de douleur d’ëtre indigne de vous;
J’y mourrais à vos yeux en adorant vos charmes :Peut-être essuieriez-vous quelqu’une de mes larmes;Peut-être ce grand cœur, qui n’ose s’attendrir,
S’y défendrait si mal de mon dernier soupir,
Qu’un éclat imprévu de douleur et de flammeMalgré vous à son tour voudrait suivre mon âme.
La mort, qui finirait à vos yeux mes ennuis,
Aurait plus de douceur que l’état où je suis.
Vous m’aimez; mais, hélas! quel amour est le vôtre,Qui s’apprête peut-être à pencher vers un autre?
Que servent ces désirs, qui n’auront point d’effetSi votre illustre orgueil ne se vôit satisfait ?
Et que peut cet amour dont vous êtes maîtresse,
Cet amour dont le trône a toute la tendresse,
Esclave ambitieux du suprême degré,
D’un titre qui l’allume et l’éteint à son gré ?
Ah ! ce n’est point par là que je vous considère ;
1 Ces beaux vers paraissent avoir inspiré ceux-ci à Voltaire ;Ce colosse effrayant dont le monde est foulé.
En pressant l'univers, est lui-même ébranlé;
11 penche vers sa chute, et contre la tempête11 demande mon bras pour soutenir sa tète.
La Mort de César, acte II 1, sc. iv.