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Tome second.
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PULCHÉRIE, ACTE I, SCÈNE I.

Dans le plus triste exil vous me seriez plus chère :Là, mes yeux, sans relâche attachés à vous voir,Feraient de mon amour mon unique devoir;

Et mes soins, réunis à ce noble esclavage,

Sauraient dechaque instant vous rendre un plein hom-Pour être heureux amant faut-il que l’univers [mage.Ait place dans un cœur qui ne veut que vos fers;

Que les plus dignes soins d’une flamme si pureDeviennent partagés à toute la nature?

Ah! que ce cœur, madame, a lieu d’être alarméSi sans être empereur je ne suis plus aimé!

PULCHÉRIE.

Vous le serez toujours ; mais une âme bien néeNe confond pas toujours l’amour et l’hyménée :L’amour entre deux cœurs ne veut que les unir;L’hyménée a de plus leur gloire à soutenir;

Et, je vous l’avoûrai, pour les plus belles viesL’orgueil de la naissance a bien des tyrannies :Souvent les beaux désirs n’y servent qu’à gêner;

Ce qu’on se doit combat ce qu’on se veut donner :L’amour gémit en vain sous ce devoir sévère....

Ah! si je n’avais eu qu’un sénateur pour père!

Mais mon sang dans mon sexe a mis les plus grandsEudoxe et Placidie ont eu des empereurs : [cœurs ;Je n’ose leur céder en grandeur de courage;

Et malgré mon amour je veux même partage :

Je pense en être sûre, et tremble toutefoisQuand je vois mon bonheur dépendre d’une voix.

léon. [nomme,

Qu’avez vous à trembler ? Quelque empereur qu’onVous aurez votre amant, ou du moins un grand hom-Dont le nom, adoré du peuple et de la cour, [me,Soutiendra votre gloire, et vaincra votre amour.Procope, Aréobinde, Aspar, et leurs semblables,Parés de ce grand nom, vous deviendront aimables;Et l’éclat de ce rang, qui fait tant de jaloux,

Fin eux, ainsi qu’en moi, sera charmant pour vous.

PULCHÉRIE.

Que vous m’êtes cruel, que vous m’êtes injusteD'attacher tout mon cœur au seul titre d’auguste!Quoi que de ma naissance exige la fierté,

Vous seul ferez ma joie et ma félicité ;

De tout autre empereur la grandeur odieuse....LÉON.

Mais vous l’épouserez, heureuse ou malheureuse?

PULCHÉRIE.

Ne me pressez point tant, et croyez avec moiQu’un choix si glorieux vous donnera ma foi,

Ou que, si le sénat à nos vœux est contraire,

Le ciel m’inspirera ce que je devrai faire.

LÉON.

Il vous inspirera quelque sage douleur,

Qui n’aura qu’un soupir à perdre en ma faveur.

Oui, de si grands rivaux...

PULCHERIE.

Ils ont tous des maîtresses.

LÉON.

Le trône met une âme au-dessus des tendresses.Quand du grand Théodose on aura pris le rang,

Il y faudra placer les restes de son sang :

Il voudra, ce rival, qui que l’on puisse élire,S’assurer par l’hymen de vos droits à l’empire.

S’il a pu faire ailleurs quelque offre de sa foi,

C’est qu’il a cru ce cœur trop prévenu pour moi :Mais se voyant au trône et moi dans la poussière,

Il se promettra tout de votre humeur altière ;

F’t, s’il met à vos pieds ce charme de vos yeux,

Il deviendra l’objet que vous verrez le mieux.

PULCHÉRIE.

Vous pourriez un peu loin pousser ma patience,Seigneur; j’ai l’âme fière', et tant de prévoyanceDemande à la souffrir encor plus de bontéQue vous ne m’avez vu jusqu’ici de fierté.

Je ne condamne point ce que l’amour inspire;

Mais enfin on peut craindre, et ne le point tant dire.

Je n’en tiendrai pas moins tout ce que j’ai promis.Vous avez mes souhaits, vous aurez mes amis;

De ceux de Martian vous aurez le suffrage :

Il a, tout vieux qu’il est, plus de vertus que d’âge;Et, s’il briguait pour lui, ses glorieux travauxDonneraient fort à craindre à vos plus grands rivaux.

léon. [me :

Notre empire,ilest vrai, n’a point de plus grand hom-Séparez vous du rang, madame, et je le nomme.

S’il me peut enlever celui de souverain,

Du moins je ne crains pas qu’il m’ôte votre main ;

Ses vertus le pourraient; mais je vois sa vieillesse.

PULCHÉRIE.

Quoi qu’il en soit, pour vous ma bonté l’intéresse :

Il s’est plu sous mon frère à dépendre de moi,

Et je me viens encor d’assurer de sa foi.

Je vois entrer Irène; Aspar la trouve belle :

Faites agir pour vous l’amour qu’il a pour elle;

Et, comme en ce dessein rien n’est à négliger,

Voyez ce qu’une sœur vous pourra ménager ’.

1 Cette Pulchéric, qui dit à Léon :j’ai de la fierté, s’expriw 8trop souvent en soubrette de comédie :

Je vois entrer Irène; Aspar la trouve belle :

Faites agir pour vous l’amour qu’il a pour elle.

Vous aimez, vous plaisez; c’est tout auprès des femmes.

On peut tirer du fruit de tout ce qui fait peine;

Et des plus grands desseins qui veut venir à bout,

Frète l’oreille à tout, et fait profit de tout.

C’est ainsi que la pièce est écrite. La matière y est digne d®la forme : c’est un mariage ridicule, traversé ridiculement,conclu de même. (V.) n

* Tandis que le style se perfectionnait tous les Jours