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Tome second.
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PULCHÉRIE, ACTE I, SCÈNE III. 239

SCÈNE II.

Sur vous et sur tout autre il le peut emporter :

Mais qu’il m’y donne part, c’est dont j’ose douter.

PULCHÉRIE, LÉON, IRÈNE.

Il m’aime en apparence, en effet il m’amuse;

Jamais pour notre hymen il ne manque d’excuse,

PULCHÉRIE.

M’aiderez-vous, Irène, à couronner un frère ?

IRÈNE.

Un si faible secours vous est peu nécessaire,Madame; et le sénat...

PULCHÉRIE.

N’en agissez pas moins,

Joignez vos vœux aux miens, et vos soins à mes soins,Et montrons ce que peut en cette conjoncture

Un amour secondé de ceux de la nature.

Je vous laisse y penser.

Et vous aime à tel point, que, si vous l’en croyez,

Il ne peut être heureux que vous ne le soyez :

Non que votre bonheur fortement l’intéresse;

Mais, sachant quel amour a pour vous la princesse,

Il veut voir quel succès aura son grand dessein,

Pour ne point m’épouser qu’en sœur de souverain :Ainsi depuis deux ans vous voyez qu’il diffère :

Du reste à Pulchérie il prend grand soin de plaire,Avec exactitude il suit toutes ses lois;

Et dans ce que sous lui vous avez eu d’emplois

Votre tête aux périls à toute heure exposée

M’a pour vous et pour moi presque désabusée ;

SCÈNE III.

La gloire d’un ami, la haine d’un rival,

La hasardaient peut-être avec un soin égal.

LÉON, IRÈNE.

Le temps est arrivé qu’il faut qu’il se déclare ;

Et de son amitié l’effort sera bien rare

IRÈNE.

Vous ne me dites rien,

Seigneur; attendez-vous que j’ouvre l’entretien?

LÉON.

A dire vrai, ma sœur, je ne sais que vous dire.

Aspar m’aime, il vous aime : il y va de l’empire;

Et, s’il faut qu’entre nous on balance aujourd’hui,

La princesse est pour moi, le mérite est pour lui.Vouloir qu’en ma faveur à ce grade il renonce,

O’est faire une prière indigne de réponse;

Et de son amitié je ne puis l’exiger,

Sans vous voler un bien qu’il vous doit partager.

C’est là ce qui me force à garder le silence :

Je me réponds pour vous a tout ce que je pense,

Et puisque j’ai souffert qu’il ait tout votre cœur

Je dois souffrir aussi vos soins pour sa grandeur.

IRÈNE.

J ignore encor quel fruit je pourrais en attendre.

Pour le trône, il est sûr qu’il a droit d’y prétendre ;

Si, mis à cette épreuve, ambitieux qu’il est,

Il cherche à vous servir contre son intérêt. [te,

Peut-être il promettra ; mais, quoi qu’il vous promet-N’en ayons pas, seigneur, l’âme moins inquiète;

Son ardeur trouvera pour vous si peu d’appui,

Qu’on le fera lui-même empereur malgré lui :

Et lors, en ma faveur quoi que l’amour oppose..

Il faudra faire grâce au sang de Théodose;

Et le sénat voudra qu’il prenne d’autres yeux

Pour mettre la princesse au rang de ses aïeux.

Son cœur suivra le sceptre en quelque main qu’ilSi Martian l’obtient, il aimera sa fille; [brille :

Et l’amitié du frère et l’amour de la sœur

Céderont à l’espoir de s’en voir successeur.

En un mot, ma fortune est encor fort douteuse :

Si vous n’êtes heureux, je ne puis être heureuse;

Et je n’ai plus d’amant non plus que vous d’ami,

A moins que dans le trône il vous voie affermi.

LÉON.

Vous présumez bien mal d’un héros qui vous aime.

France, Corneille le gfttait de jour en jour : c’est, dès la pre-c , lere scène, Y habitude à régner, et V horreur d'en déchoir :nn penchant flatteur qui fait des assurances ; ce sontb^tsfaits qui portent à grands pas à l'empire. Plus loin,

^ st un vieux Martian qui conte ses amours à sa fille Justine,lui dit : Allons, parle aussi des tiens, c'est mon tourhrn° Uitr ' l )onne Justine lui dit comment elle est tombée

s ,^°ureuse, et comment son imprudente ardeur, prête àla respecte sa pudeur. On parle toujours d’amour à

-Ulchérieàgée de cinquante ans : elle aime un prince nommé

Léon ’ elIe prie une lllle 116 sa cour faire l amour a cen > afin qu’elle , impératrice, puisse s’en détacher.

Qu il est fort cet amour! sauve-m’en , si tu peux :

' r °is Léon , parle-lui, dérobe-moi ses vœux.

M en faire un prompt larcin , c’est me rendre service.

ne s ‘ s . Vers sont d’une mauvaise comédie, et de tels sentiments

1 pas d’une tragédie. (Y.)

IRÈNE.

Je pense le connaître à l’égal de moi-même;

Mais croyez-moi, seigneur, et l’empire est à vous.

LÉON.

Ma sœur!

IRÈNE.

* Oui, vous l’aurez malgré lui, malgré tous.

LÉON.

N’y perdons aucun temps : hâtez-vous de m’instruire :Hâtez-vous de m’ouvrir la route à m’y conduire;

Et si votre bonheur peut dépendre du mien....

IRÈNE.

Apprenez le secret de ne hasarder rien.

N’agissez point pour vous, il s’en offre trop d’autres