Band 
Tome second.
Seite
258
JPEG-Download
 

PULCHERIE, ACTE V, SCÈNE VII.

258

LÉON.

A moi, madame!PULCHÉBIE.

A vous,

Que je m’étais promis moi-même pour époux.

LÉON.

Ce n’est donc pas assez de vous avoir perdue,

De voir en d’autres mains la main qui m’était due,

Il faut aimer ailleurs!

PULCHÉBIE.

II faut être empereur,

Et, le sceptre à la main, justifier mon cœur ;Montrer à l’univers, dans le héros que j’aime,

Tout ce qui rend un front digne du diadème;

Vous mettre, à mon exemple, au-dessus de l’amour,Et par mon ordre enfin régner à votre tour.

Justine a du mérite, elle est jeune, elle est belle :Tous vos rivaux pour moi, le vont être pour elle :

Et l’empire pour dot est un trait si charmant,

Que je ne vous en puis répondre qu’un moment.

LÉON.

Oui, madame, après vous elle est incomparable ;Elle est de votre cour la plus considérable;

Elle a des qualités à se faire adorer :

Mais, hélas .'jusqu’à vous j’avais droit d’aspirer.Voulez-vous qu’à vos yeux je trompe un tel mérite,Que sans amour pour elle à m’aimer je l’invite,

Qu’en vous laissant mon cœur je demande le sien,Et lui promette tout pour ne lui donner rien?

PULCHÉBIE.

Et ne savez-vous pas qu’il est des hyménéesQue font sans nous au ciel les belles destinées?Quand il veut que l’effet en éclate ici-bas,

Lui-même il nous entraîne où nous ne pensions pas;Et, dès qu’il les résout, il sait trouver la voieDe nous faire accepter ses ordres avec joie.

LÉON.

Mais ne vous aimer plus! vous voler tous mes vœux !

PULCHÉBIE.

Aimez-moi, j’y consens ; je dis plus, je le veux ,

Mais comme impératrice, et non plus comme amante ;Que la passion cesse, et que le zèle augmente.Justine, qui m’écoute, agréra bien, seigneur,

Que je conserve ainsi ma part en votre cœur.

Je connais tout le sien. Rendez-vous plus traitablePour apprendre à l’aimer autant qu’elle est aimable;Et laissez-vous conduire à qui sait mieux que vousLes chemins de vous faire un sort illustre et doux.Croyez-en votre amante et votre impératrice :

L’une aime vos vertus, l’autre leur rend justice ;

Et sur Justine et vous je dois pouvoir assezy Pour vous dire à tous deux : Je parle, obéissez.léon , à Justine.

J’obéis donc, madame, à cet ordre suprême,

Pour vous offrir un cœur qui n’est pas à lui-même :Mais enfin je ne sais quand je pourrai donnerCe que je ne puis même offrir sans le gêner ;

Et cette offre d’un cœur entre les mains d’une autreNe peut faire un amour qui mérite le vôtre.

JUSTINE.

Il est assez à moi, dans de si bonnes mains,

Pour n’en point redouter de vrais et longs dédains ;Et je vous répondrais d’une amitié sincère,.

Si j’en avais l’aveu de l’empereur mon père.

Le temps fait tout, seigneur.

SCÈNE VII.

PULCHÉRIE, MARTIAN, LÉON, JUSTINE-

MABTIAN.

D’une commune voix,Madame, le sénat accepte votre choix.

A vos bontés pour moi son allégresse unieSoupire après le jour de la cérémonie;

Et le serment prêté pour n’en retarder rien,

A votre auguste nom vient de mêler le mien.

PULCHÉBIE.

Cependant j’ai sans vous disposé de Justine,Seigneur, et c’est Léon à qui je la destine.

MABTIAN.

Pourrais-je lui choisir un plus illustre épouxQue celui que l’amour avait choisi pour vous ?

Il peut prendre après vous tout pouvoir dans l’empir eS’y faire des emplois où l’univers l’admire,

Afin que, par votre ordre et les conseils d’Aspar,Nous l’installions au trône, et le nommions césar.

PULCHÉBIE.

Allons tout préparer pour ce double h yménée,

En ordonner la pompe, en choisir la journée.D’Irène avec Aspar j’en voudrais faire autant ;

Mais j’ai donné deux jours à cet esprit flottant,

Et laisse jusque-là ma faveur incertaine,

Pour régler son destin sur le destin d’Irène 1 .

1 Cette pièce tombe dans le même inconvénient qn’Othon^Trois personnages se disputent la main de la nièce d’Othon, *ici l’on voit trois prétendants il Pulchérie. Nulle grande intr*'gue, nul événement considérable, pas un seul personnage au'quel on s’intéresse. Il y a quelques beaux vers dans O thon, et cmérite manque il Pulchérie : on y parle d’amour de maniérédégoûter de cette passion, s’il était possible. Pourquoi Cor-neille s’obslinait-il à traiter l’amour? Sa comédie héroïque “rite et Bérénice devait lui apprendre que ce n’était pas à lu* 'faire parler des amants, ou plutôt qu’il ne devait plus travail!'•pour le théâtre : Solve senescentem. Il veut de l’amour daitoutes ses pièces; et, depuis Polyencte, ce ne sont que Çcontrats de mariage, où l’on stipule pendant cinq actes les *térèts des parties, ou des raisonnements alambiqués sur le Uvoir des vrais amants. J’avoue sans balancer que les PradoBi