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Tome second.
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SURÉNA,

GÉNÉRAL DES PARTHES.

TRAGÉDIE. — 1674.

AU LECTEUR.

Le sujet de cette tragédie est tiré de Plutarque et d’Ap-pian Alexandrin. Ils disent tous deux que Suréna» était leplus noble, le plus riche, le mieux fait, et le plus vaillantdes Parthes. Avec ces qualités, il ne pouvait manquer d ê-tre un des premiers hommes de son siècle ; et, si je ne m a-buse, la peinture que j’en ai faite ne l’a point rendu mé-connaissable : vous en jugerez.

PERSONNAGES.

ORODE, roi des Parthes.

PACORUS, fils d’Orode. . . „

SURENA, lieutenant d'Orode, et général de son armée contre

Crassus.

SILLACE, autre lieutenant d’Orode.EURYDICE, fille d’Artabase, roi d’Arménie.PALMIS, sœur de Suréna.

ORMÈNE, dame d’honneur d’Eurydice.

La scène est à Séleucie, sur l’Euphrate.

ACTE PREMIER.

SCÈNE PREMIÈRE.

EURYDICE, ORMÈNE.

EURYDICE.

Ne me parle plus tant de joie et d’hyménée;

Tu ne sais pas les maux où je suis condamnée,Ormène : c’est ici que doit s’exécuter

1 La tragédie de Suréna fut jouée les derniers jours de 1674,et les premiers, de 1675; elle roule tout entière sur l’amour. Ilsemblait que Corneille voulut jouter contre Racine : ce grandhomme avait donné son Iphigénie la même année 1674. (V.)

1 Suréna n’est point un nom propre ; c’est un titre d’honneur,un nom de dignité. I je suréna des Parthes était.l’ethmadoulet

Ce traité qu’à deux rois il a plu d’arrêter ;

Et l’on a préféré cette superbe ville,

Ces murs de Séleucie, aux murs d’Hécatompyle.

La reine et la princesse en quittent le séjour,Pourrendre en cesbeaux lieux toutson lustre à la cour.Le roi les mande exprès, le prince n’attend qu’elles;Et jamais ces climats n’ont vu pompes si belles.

Mais que servent pour moi tous ces préparatifs,

Si mon cœur est esclave et tous ses vœux captifs,

Si de tous ces efforts de publique allégresseIl se fait des sujets de trouble et de tristesse?

J’aime ailleurs.

ORMÈNE.

Vous, madame?

EURYDICE.

Ormène, je l’ai tu

Tant que j’ai pu me rendre à toute ma vertu.N’espérant jamais voir l’amant qui m’a charmée,

Ma flamme dans mon cœur se tenait renfermée :L’absence et la raison semblaient la dissiper;

Le manque d’espoir même aidait à me tromper.

Je crus ce cœur tranquille; et mon devoir sévèreLe préparait sans peine aux lois du roi mon père,

Au choix qui lui plairait. Mais, ô dieux ! quel tourment,S’il faut prendre un époux aux yeux de cet amant !

ORMÈNE.

Aux yeux de votre amant !

EURYDICE.

Il est temps de te dir e

Et quel malheur m’accable, et pour qui je soupire.Le mal qui s’évapore en devient plus légerEt le mien avec toi cherche à se soulager.

Quand l’avare Crassus, chef des troupes romaines,

des Persans d’aujourd’hui, le grand vizir des Turcs. Cette mé-prisé ressemble à celle de plusieurs de nos écrivains qui onparlé d’un Azem, grand vizir de la Porte ottomane, ne sacha°pas que vizir-azem signifie grand vizir : mais la méprise esbien plus pardonnable à Corneille qu’à ces historiens, P ar< jque l’histoire des Parthes nous est bien moins connue que cehdes nouveaux Persans et des Turcs. (V.)