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Tome second.
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SURÉNA, ACTE V, SCÈNE III.

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R lui faut l’une ou l’autre, ou vous êtes banni.

SURÉNA.

Madame, ce refus n’est point vers lui mon crime :Tous m’aimez ; ce n’est point non plus ce qui l’anime.Mon crime véritable est d’avoir aujourd’hui^us de nom que mon roi, plus de vertu que lui ;

Et c’est de là que part cette secrète haine

Que le temps ne rendra que plus forte et plus pleine.

Elus on sert des ingrats, plus on s’en fait haïr :

Tout ce qu’on fait pour eux ne fait que nous trahir.Mon visage l’offense, et ma gloire le blesse.

Jusqu’au fond de mon âme il cherche une bassesse,Et tâche à s’ériger par l’offre ou par la peur,

Ee roi que je l’ai fait, en tyran de mon cœur ;

Comme si par ses dons il pouvait me seduire,

Cu qu’il pût m’accabler, et ne se point détruire.

Je lui dois en sujet tout mon sang, tout mon bien ;Mais, si je lui dois tout, mon cœur ne lui doit rien ,Et n’en reçoit de lois que comme autant d’outrages,.Comme autant d’attentats sur de plus doux homma-Cependant pour jamais il faut nous séparer, [ges.

Madame.

EURYDICE.

Cet exil pourrait toujours durer ?

SURÉNA.

En vain pour mes pareils leur vertu sollicite ;

Jamais un envieux ne pardonne au mérite.

Cet exil toutefois n’est pas un long malheur ;

Et je n’irai pas loin sans mourir de douleur.

EURYDICE.

Ah! craignez de m’en voir assez persuadéePour mourir avant vous de cette seule idée.

^ivez, si vous m’aimez.

SURÉNA.

Je vivrais pour savoirQue vous aurez enfin rempli votre devoir,

Que d’un cœur tout à moi, que de votre personneEacorus sera maître, ou plutôt sa couronne ?

Ce penser m’assassine, et je cours de ce pasbeaucoup moins à l’exil, madame, qu’au trépas.

EURYDICE.

Q Ue le ciel n’a-t-il mis en ma main et la vôtre,

Ou de n’être à personne, ou d’être l’un à l’autre!

SURÉNA.

* allait-il que l’amour vît l’inégalité' °us abandonner toute aux rigueurs d’un traité !

EURYDICE.

Cette inégalité me souffrait l’espérance.

Totre nom, vos vertus, valaient bien ma naissance,Et Crassus a rendu plus digne encor de moiEfn héros dont le zèle a rétabli son roi.

Oans les maux où j’ai vu l’Arménie exposée,

Mon pays désolé m’a seul tyrannisée.

Esclave de l’État, victime de la paix,

Je m’étais répondu de vaincre mes souhaits,

Sans songer qu’un amour comme le nôtre extrêmeS’y rend inexorable aux yeux de ce qu’on aime.

Pour le bonheur public j’ai promis : mais, hélas!Quand j’ai promis, seigneur, je ne vous voyais pas.Votre rencontre ici m’ayant fait voir ma faute,

Je diffère à donner le bien que je vous ôte ;

Et l’unique bonheur que j’y puis espérerC’est de toujours promettre et toujours différer.

SURÉNA.

Que je serais heureux !... Mais qu’osé-je vous dire ?L’indigne et vain bonheur où mon amour aspire !Fermez les yeux aux maux où l’on me fait courir :Songez à vivre heureuse, et me laissez mourir.

Un trône vous attend, le premier de la terre,

Un trône où l’on ne craint que l’éclat du tonnerre,Qui règle le destin du reste des humains,

Et jusque dans leurs murs alarme les-Romains.

EURYDICE.

J’envisage ce trône et tous ses avantages,

Et je n’y vois partout, seigneur, que vos ouvrages ;Sa gloire ne me peint que celle de mes fers,

Et, dans ce qui m’attend, je vois ce que je perds.

Ah, seigneur !

SURÉNA.

Épargnez la douleur qui me presse ;Ne la ravalez point jusques à la tendresse ;

Et laissez-moi partir dans cette fermetéQui fait de tels jaloux, et qui m’a tant coûté.

EURYDICE.

Partez, puisqu’il le faut, avec ce grand courageQui mérita mon cœur et donne tant d’ombrage.

Je suivrai votre exemple, et vous n’aurez point lieu...Mais j’aperçois Palmis qui vient vous dire adieu,

Et je puis, en dépit de tout ce qui me tue,

Quelques moments encor jouir de votre vue.

SCÈNE III.

EURYDICE, SURÉNA, PALMIS.

PALMIS.

On dit qu’on vous exile à moins que d’épouser,Seigneur, ce que le roi daigne vous proposer.

SURÉNA.

Non; mais jusqu’à l’hymen que Pacorus souhaiteIl m’ordonne chez moi quelques jours de retraite.

PALMIS.

Et vous partez ?

SURÉNA.

Je pars.

PALMIS.

Et, malgré son courroux,Vous avez sûreté d’aller jusque chez vous?