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PSYCHÉ, ACTE II, SCÈNE I.
SCÈNE VI.
AGLAURE, CYDIPPE.
CYDIPPE.
Ma sœur, que sentez-vous à ce soudain malheurOù nous voyons Psyché parles destins plongée?
AGLAURE.
Mais vous, que sentez-vous, ma sœur ?
CYDIPPE.
A ne vous point mentir, je sens que dans mon cœurJe n’en suis pas trop affligée.
AGLAURE.
Moi, je sens quelque chose au mienQui ressemble assez à la joie.
Allons, le destin nous envoieUn mal que nous pouvons regarder comme un bien.
PREMIER INTERMÈDE.
La scène est changée en des rochers affreux, etfait voir en éloignement une grotte effroyable.
C’est dans ce désert que Psyché doit être exposéepour obéir à l’oracle. Une troupe de personnes affli-gées y viennent déplorer sa disgrâce. Une partie decette troupe désolée témoigne sa pitié par des plaintestouchantes et par des concerts lugubres; et l’autreexprime sa désolation par une danse pleine de toutesles marques du plus violent désespoir.
PLAINTES EN ITALIEN,
CHANTÉES PAR UNE FEMME DÉSOLÉEET DEUX HOMMES AFFLIGÉS.
FEMME DÉSOLÉE.
Dell ! piangete al pianto mio,
Sassi duri, antiche selve,
Lagrimale, fonti, e belue,
D’un bel volto il fato rio.
PREMIER HOMME AFFLIGÉ.
Ahi dolore !
SECOND nOMME AFFLIGÉ.
Ahi martire !
PREMIER HOMME AFFLIGÉ.
Cruda morte !
SECOND HOMME AFFLIGÉ.
Empia sorte.
TOUS TROIS.
Clie condanni a morir tanta beltà,
Cieli, stelle , ahi crudeltâ !
SECOND nOMME AFFLICÉ.
Com’ esser puô fra voi, o numi eterni,
Chi voglia eslinta una-beltà innocente?
Ahi I elle tanlo rigor, cielo incleniente,
Yince di crudeltâgli stessi infemi.
PREMIER HOMME AFFLICÉ.
Nume fiero !
SECOND IIOMMF. AFFLIGÉ.
Dio severo!
ENSEMBLE.
Perché tanto rigorConlro innocente cor 1Ahi ! sentenza inudita,
Dar morte a la beltà, ch’ altrui dà vita.
FEMME DÉSOLÉE.
Ahi ch’ indarno si tardaNon résisté agli Dei mortale affetto,
Alto impero ne sforza,
Ove commanda il ciel, 1’ uom cede a forza.
Ahi dolore! etc. corne sopra.
Ces plaintes sont entrecoupées et finies par une en-trée de ballet de huit personnes affligées.
ACTE SECOND.
SCÈNE PREMIÈRE.
LE ROI, PSYCHÉ, AGLAURE, CYDIPPE,LYCAS, suite.
PSYCHÉ.
De vos larmes, seigneur, la source m’est bien chère ;Mais c’est trop aux bontés que vous avez pour moiQue de laisser régner les tendresses de pèreJusque dans les yeux d’un grand roi.
Ce qu’on vous voit ici donner à la nature
Au rang que vous tenez, seigneur, fait trop d’injure,
Et j’en dois refuser les touchantes faveurs.
Laissez moins sur votre sagessePrendre d’empire à vos douleurs,
Et cessez d’honorer mon destin par des pleurs,
Qui, dans le cœur d’un roi, montrent de la faiblesse-
LE ROI.
Ah ! ma fille, à ces pleurs laisse mes yeux ouverts ;Mon deuil est raisonnable, encor qu’il soit extrême ;Et lorsque pour toujours on perd ce que je perds,
La sagesse, crois-moi, peut pleurer elle-même.
En vain l’orgueil du diadèmeVeut qu’on soit insensible à ces cruels revers;
En vain de la raison les secours sont offertsPour vouloir d’un œil sec voir mourir ce qu’on aime;IJeffort en est barbare aux yeux de l’univers;
Et c’est brutalité plus que vertu suprême.
Je ne veux point, dans cette adversité,
Parer mon cœur d’insensibilité,
Et cacher l’ennui qui me touche :