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Tome second.
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PSYCHÉ, ACTE II, SCÈNE I.

Je renonce à la vanitéDe cette dureté faroucheQue l’on appelle fermeté ;

Et, de quelque façon qu'on nommeCette vive douleur dont je ressens les coups,

Je veux bien l’étaler, ma fdle, aux yeux de tous,

Et dans le cœur d’un roi montrer le cœur d’un homme,

PSYCHÉ.

Je ne mérite pas cette grande douleur :

Opposez, opposez un peu de résistanceAux droits qu’elle prend sur un cœurJ*ont mille événements ont marqué la puissance.Quoi ! faut-il que pour moi vous renonciez, seigneur,A cette royale constance

Dont vous avez fait voir dans les coups du malheurUne fameuse expérience?

LE ROI.

Ea constance est facile en mille occasions.

Toutes les révolutionsOù nous peut exposer la fortune inhumaine,

Ca perte des grandeurs, les persécutions,

Èe poison de l’envie, et les traits de la haine,

N’ont rien que ne puissent sans peineBraver les résolutions

O'une âme où la raison est un peu souveraine.

Mais ce qui porte des rigueursA faire succomber les cœursSous le poids des douleurs amères,

Ce sont, ce sont les rudes traitsDe ces fatalités sévèresQui nous enlèvent pour jamaisLes personnes qui nous sont chères.

La raison contre de tels coupsN’offre point d'armes secourables ;

Et voilà des dieux en courrouxLes foudres les plus redoutablesQui se puissent lancer sur nous.

PSYCHÉ.

e 'gneur, une douceur ici vous est offerte.

°tre hymen a reçu plus d’un présent des dieux;

Et , par une faveur ouverte,ne vous ôtent rien, en nYôtant à vos yeux,

°nt ils n’aient pris le soin de réparer la perte.v ous reste de quoi consoler vos douleurs ,cette loi du ciel, que vous nommez cruelle,

Dans les deux princesses mes sœursLaisse à l’amitié paternelleOù placer toutes ses douceurs.

LE ROI.

Ah! de mes maux soulagement frivole!

’ en , rien ne s’offre à moi qui de toi me console.est sur mes déplaisirs que j’ai les yeux ouverts;

Et i dans un destin si funeste,

Je regarde ce que je perds,

Et ne vois point ce qui me reste.

PSYCHÉ.

Vous savez mieux que moi qu’aux volontés des dieux,Seigneur, il faut régler les nôtres ;

Et je ne puis vous dire, en ces tristes adieux, [très.Que ce que beaucoup mieux vous pouvez dire aux au-Ces dieux sont maîtres souverainsDes présents qu’ils daignent nous faire ;

Ils ne les laissent dans nos mainsQu’autant de temps qu’il peut leur plaire ;Lorsqu’ils viennent les retirer,

On n’a nul droit de murmurerDes grâces que leur main ne veut plus nous étendre.Seigneur, je suis un don qu’ils ont fait à vos vœux ;

Et quand, par cet arrêt, ils veulent me reprendre,Ils ne vous ôtent rien que vous ne teniez d’eux,

Et c’est sans murmurer que vous devez me rendre.

LE ROI.

Ah ! cherche un meilleur fondementAux consolations que ton cœur me présente,

Et de la fausseté de ce raisonnementNe fais point un accablementA cette douleur si cuisanteDont je souffre ici le tourment.

Crois-tu là me donner une raison puissantePour ne me plaindre point de cet arrêt des cieux ?

Et, dans le procédé des dieuxDont tu veux que je me contente,

Une rigueur assassinanteNe paraît-elle pas aux yeux ?

Vois l’état où ces dieux me forcent à te rendre,

Et l’autre où te reçut mon cœur infortuné ;

Tu connaîtras par là qu’ils me viennent reprendreBien plus que ce qu’ils m’ont donné.

Je reçus d’eux en toi, ma fdle,

Un présent que mon cœur ne leur demandait pas ;

J’y trouvais alors peu d’appas,

Et leur en vis sans joie accroître ma famille;

Mais mon cœur, ainsi que mes yeux,

S’est fait de ce présent une douce habitude ;

J’ai mis quinze ans de soins, de veilles et d’étudesA me le rendre précieux ;

Je l’ai paré de l’aimable richesseDe mille brillantes vertus ;

En lui j’ai renfermé, par des soins assidus,

Tous les plus beaux trésors que fournit la sagesse :

A lui j’ai de mon âme attaché la tendresse ;

J’en ai fait de ce cœur le charme et l’allégresseLa consolation de mes sens abattus,

Le doux espoir de ma vieillesse.

Ils m’ôtent tout cela, ces dieux ;

Et tu veux que je n’aie aucun sujet de plainteSur cet affreux arrêt dont je souffre l’atteinte !

Ah ! leur pouvoir se joue avec trop de rigueur

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