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Tome second.
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PSYCHÉ, ACTE 11, SCÈNE IL

21)2

Des tendresses de notre cœur.

Pour m’ôter leur présent, leur fallait-il attendreQue j’en eusse fait tout mon bien?

Ou plutôt, s’ils avaient dessein de le reprendre,N'eût-il pas été mieux de ne me donner rien?

PSYCHÉ.

Seigneur, redoutez la colèreDe ces dieux contre qui vous osez éclater.

LE EOI.

Après ce coup, que peuvent-ils me faire?

Ils m’ont mis en état de ne rien redouter.

PSYCHÉ.

Ah ! seigneur, je tremble des crimesQue je vous fais commettre, et je dois me haïr.

LE ROI.

Ah ! qu'ils souffrent du moins mes plaintes légitimes!Ce m’est assez d’effort que de leur obéir ;

Ce doit leur être assez que mon cœur t’abandonneAu barbare respect qu’il faut qu’on ait pour eux,Sans prétendre gêner la douleur que me donneL’épouvantable arrêt d’un sort si rigoureux.

Mon juste désespoir ne saurait se contraindre;

.Te veux, je veux garder ma douleur à jamais ;

Je veux sentir toujours la perte que je fais ;

De la rigueur du ciel je veux toujours me plaindre ;Je veux jusqu’au trépas incessamment pleurerCe que tout l’univers ne peut me réparer.

PSYCHÉ.

Ah ! de grâce, seigneur, épargnez ma faiblesse ;

J’ai besoin de constance en l’état où je suis.

Ne fortifiez point l’excès de mes ennuisDes larmes de votre tendresse.

Seuls ils sont assez forts ; et c’est trop pour mon cœurDe mon destin et de votre douleur.

LE ROI.

Oui, je dois t’épargner mon deuil inconsolable.

Voici l’instant fatal de m’arracher de toi :

Mais comment prononcer ce mot épouvantable?

11 le faut toutefois, le ciel m’en fait la loi ;

Une rigueur inévitableM’oblige à te laisser en ce funeste lieu.

Adieu : je vais... Adieu.

Ce qui suit, jusqu’à la fin de la pièce, est de M. Cor-neille , à la réserve de la première scène du troisième acte,qui est de la même main que ce qui a précédé.

SCÈNE II.

PSYCHÉ, AG LAURE, CYD1PPE.

PSYCHÉ.

Suivez le roi, mes sœurs, vous essuierez ses larmes,Vous adoucirez ses douleurs;

Et vous l'accableriez d’alarmes,

Si vous vous exposiez encore à mes malheurs.

Conservez-lui ce qui lui reste.

Le serpent que j’attends peut vous être funeste,Vous envelopper dans mon sort,

Et me porter en vous une seconde mort....

Le ciel m’a seule condamnéeA son haleine empoisonnée :

Rien ne saurait me secourir ;

Et je n’ai pas besoin d’exemple pour mourir.

AGLAUBE.

Ne nous enviez pas ce cruel avantageDe confondre nos pleurs avec vos déplaisirs,

De mêler nos soupirs à vos derniers soupirs :

D’une tendre amitié souffrez ce dernier gage.

PSYCHÉ.

C’est vous perdre inutilement.

CYDIPPE.

C’est en votre faveur espérer un miracle ,

Ou vous accompagner jusques au monument.

PSYCHÉ.

Que peut-on se promettre après un tel oracle ?

AGLAUBE.

Un oracle jamais n’est sans obscurité : [tendre i

On l’entend d’autant moins que mieux on croit 1 en 'Et peut-être, après tout, n’en devez-vous attendreQue gloire et que félicité.

Laissez-nous voir, ma sœur, par une digne issueCette frayeur mortelle heureusement déçue,

Ou mourir du moins avec vous,

Si le ciel à nos vœux ne se montre plus doux.

PSYCHÉ.

Ma sœur, écoutez mieux la voix de la natureQui vous appelle auprès du roi.

Vous m’aimez trop; le devoir en murmure,

Vous en savez l’indispensable loi.

Un père vous doit être encor plus cher que moi.Rendez-vous toutes deux l’appui de sa vieillesse,Vous lui devez chacune un gendre et des neveux-Mille rois à l’envi vous gardent leur tendresse,

Mille rois à l’envi vous offriront leurs vœux-L’oracle me veut seule ; et seule aussi je veuxMourir, si je puis, sans faiblesse,

Ou ne vous avoir pas pour témoins toutes deuxDe ce que, malgré moi, la nature m’en laisse.AGLAUBE.

Partager vos malheurs, c’est vous importuner?

CYDIPPE. . ,

J’ose dire un peu plus, ma sœur, c’est vous dépl® 1

PSYCHÉ.

Non ; mais enfin c’est me gêner,

Et peut-être du ciel redoubler la colère.

1 Ce vers et le précédent se trouvrnl déjà dans Horac e > aIII, sc. III.