PSYCHÉ, ACTE
AGLAURE.
Vous le voulez, et nous partons.
Daigne ce même ciel, plus juste et moins sévère,
Vous envoyer le sort que nous vous souhaitons,
Et que notre amitié sincère, . .
En dépit de l’oracle, et malgré vous, espère !
PSYCHÉ.
Adieu. C’est un espoir, ma sœur, et des souhaitsQu’aucun des dieux ne remplira jamais.
SCÈNE III.
PSYCHÉ.
Enfin, seule et toute à moi-même,
Je puis envisager cet affreux changementQui, du haut d’une gloire extrême,
Me précipite au monument.
Cette gloire était sans seconde;
L’éclat s’en répandait jusqu’aux deux bouts du monde ;Tout ce qu’il a de rois semblaient faits pour m’aimer ;Tous leurs sujets, me prenant pour déesse,Commençaient à m’accoutumerAux encens qu’ils m’offraient sans cesse :
Leurs soupirs me suivaient sans qu’il m’en coûtât rien;Mon âme restait libre en captivant tant d’âmes;
Et j’étais parmi tant de flammesReine de tous les cœurs, et maîtresse du mien.
O ciel, m’auriez-vous fait un crimeDe cette insensibilité?
Déployez-vous sur moi tant de sévérité,
Pour n’avoir à leurs vœux rendu que de l’estime?
Si vous m’imposiez cette loi,
Qu’il fallût faire un choix pour ne pas vous déplaire,Puisque je ne pouvais le faire,
Que ne le faisiez-vous pour moi ?
Que ne m’inspiriez-vous ce qu’inspire à tant d’autresLe mérite, l’amour, et... Mais que vois-je ici?
SCÈNE IV.
CLÉOMÈNE, AGÉNOR, PSYCHÉ.
CLÉOMÈNE.
Leux amis, deux rivaux, dont l’unique souciLst d’exposer leurs jours pour conserver les vôtres.
PSYCHÉ.
Puis-je vous écouter quand j’ai chassé deux sœurs?Princes, contre le ciel pensez-vous me défendre?Vous livrer au serpent qu’ici je dois attendre,
Le n’est qu’un désespoir qui sied mal aux grandsEt mourir alors que je meurs, [cœurs ;
C’est accabler une âme tendre,
Qui n’a que trop de ses douleurs.
AGÉNOR.
Tin serpent n’est pas invincible :
II, SCÈNE IV. ’ v.):j
Cadmus, qui n’aimait rien, défit celui de Mars.
Nous aimons, et l’amour sait rendre tout possibloAu cœur qui suit ses étendards,
A la main dont lui-même il conduit tous les dards.PSYCHÉ.
Voulez-vous qu’il vous serve en faveur d’une ingrateQue tous ses traits n’ont pu toucher;
Qu’il dompte sa vengeance au moment qu’elle éclate,Et vous aide à m’en arracher ?
Quand même vous m’auriez servie,
Quand vous m’auriez rendu la vie,
Quel fruit espérez-vous de qui ne peut aimer?
CLÉOMÈNE.
Ce n’est point par l'espoir d’un si charmant salaireQue nous nous sentons animer ;
Nous ne cherchons qu’à satisfaireAux devoirs d’un amour qui n’ose présumerQue jamais, quoi qu’il puisse faire,
11 soit capable de vous plaire,
Et digne de vous enflammer.
Vivez, belle princesse, et vivez pourYin autre :
Nous le verrons d’un œil jaloux,
Nous en mourons ; mais d’un trépas plus douxQue s’il nous fallait voir le vôtre;
Et si nous ne mourons en vous sauvant le jour,Quelque amour qu’à nos yeux vous préfériez au nôtre,Nous voulons bien mourir de douleur et d’amour.
PSYCHÉ.
Vivez, princes, vivez , et de ma destinéeNe songez plus à rompre ou partager la loi ;
Je crois vous l’avoir dit, le ciel ne veut que moi,
Le ciel m’a seule condamnée.
Je pense ouïr déjà les mortels sifflementsI)e son ministre qui s’approche :
Ma frayeur me le peint, me l’offre à tous moments,Et, maîtresse qu’elle est de tous mes sentiments,
Elle me le figure au haut de cette roche.
J’en tombe de faiblesse, et mon cœur abattuNe soutient plus qu’à peine un reste de vertu.
Adieu, princes; fuyez, qu’il ne vous empoisonne.
AGÉNOR.
Rien ne s’offre à nos yeux encor qui les étonne;
Et quand vous vous peignez un si proche trépas ,
Si la force vous abandonne,
Nous avons des cœurs et des brasQue l’espoir n’abandonne pas.
Peut-être qu’un rival a dicté cet oracle,
Que l’or a fait parler celui qui l'a rendu :
Ce ne serait pas un miracleQue pour un dieu muet un homme eût répondu ;
Et dans tous les climats on n’a que trop d'exemplesQu’il est, ainsi qn’ailleurs, des méchants dans lescléomène. [temples.
Laissez-nous opposer au lâche ravisseur