LIVRE I, CHAPITRE XIV.
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A l’un soudain elle se montre,
Elle attend l’autre vers la fin ;
D’un autre le triste destin
Presque à tous moments la rencontre :
Son coup est pour les uns rude, ferme, pressant;Pour les autres, débile, et mol, et languissant.
C’est ainsi que la Providence,
Souffrant cette diversité,
Par une inconcevable et profonde équité,
Met ses bontés en évidence :
Elle voit la proportionDes forces grandes et petites ;
Elle sait peser les mérites,
Le sexe, la condition ;
Pt sa main, se réglant sur ces diverses causes,
Au salut des élus prépare toutes choses.
Ainsi ne désespérons pasQuand la tentation redouble,
Alais redoublons plutôt nos ferveurs dans ce troublePour offrir à Dieu nos combats ;
Demandons-lui qu’il nous console,
Qu’il nous secoure en cet ennui :
Saint Paul nous l’a promis pour lui ;
11 dégagera sa parole ,
Pt tirera pour nous ce fruit de tant de maux,
Qu’ils rendront notre force égale à nos travaux.
Quand il nous en donne victoire,
Exaltons sa puissante main,
Pt nous humilions sous le bras souverainQui couronne l’humble de gloire.
C’est dans les tribulations
Qu’on voit combien l’homme profite,
Et la grandeur de son mériteNe paraît qu’aux tentations ;ar e Pes sa vertu plus vivement éclate,
Pt l’on doute d’un cœur jusqu’à ce qu’il combatte.
Sans grand miracle on est ferventTant qu’on ne sent point de traverse ;lais qui sans murm urer souffre un coup qui le percePeut aller encor plus avant.
Tel dompte avec pleine constanceRa plus forte tentation,
Que la plus faible occasionTrouve à tous coups sans résistance,un qu’humilié de s’en voir abattua uiais il ne s’assure en sa propre vertu.
CHAPITRE XIV.
qu’il faut éviter le jugement TÉMÉRAIRE.
Fais réflexion sur toi-même,
Et jamais ne juge d’autrui :
Qui s’empresse à juger de luiS’engage en un péril extrême ;
11 travaille inutilement,
Il se trompe facilement,
Et plus facilement offense :
Mais celui qui se juge, heureusement s’instruitA purger de péché ce qu’il fait, dit ou pense,
Se trompe beaucoup moins , et travaille avec fruit.
Souvent le jugement se porteSelon que la chose nous plaît ;
L’amour-propre est un intérêtSous qui notre raison avorte.
Si des souhaits que nous faisons,
Des pensers où nous nous plaisons ,
Dieu seul était la pure idée, [sants
Nous aurions moins de troubie et serions plus puis-A calmer dans notre âme, ici-bas obsédée,
La révolte secrète où l’invitent nos sens.
Mais souvent, quand Dieu nous appelle,
En vain son joug nous semble doux ,
Quelque charme au dedans de nousFait naître un mouvement rebelle ;
Souvent quelque attrait du dehorsRésiste aux amoureux effortsDe la grâce en nous épandue,
Et nous fait, malgré nous, tellement balancer,Qu’entre nos sens et Dieu notre âme suspenduePerd le temps d’y répondre, et ne peut avancer.
Plusieurs de sorte se déçoiventEn l’examen de ce qu’ils sont,
Qu’ils se cherchent en ce qu’ils fontSans même qu’ils s’en aperçoivent :
Ils semblent en tranquillitéTant que ce qu’ils ont projetéSuccède comme ils l’imaginent;
Mais si l’événement remplit mal leurs souhaits,
Ils s’émeuvent soudain, soudain ils se chagrinent,Et ne gardent plus rien de leur première paix.
Ainsi, par des avis contrairesL’amour de nos opinionsEnfante les divisionsEntre les amis et les frères ;
Ainsi les plus religieuxPar ce zèle contagieux
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