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Tome second.
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L’IMITATION DE JÉSUS-CHRIST.

Se laissent quelquefois séduire;

Ainsi tout vieil usage est fâcheux à quitter;

Ainsi personne n’aime à se laisser conduirePlus avant que ses yeux ne sauraient le porter.

Que si ta raison s’autoriseA plus appuyer ton espritQue la vertu que Jésus-ChristDemande à ses ordres soumise,

Tu sentiras fort rarementÉclairer ton entendement,

Et par des lumières tardives :

Dieu veut un cœur entier qui n’ait point d’autre appui,Et que d’un saint amour les flammes toujours vivesPar-dessus la raison s’élèvent jusqu’à lui.

CHAPITRE XV.

DES ŒUVRES FAITES PAR LA CHARITÉ.

Le mal n’a point d’excuse; il n’est espoir, surprise,Intérêt, amitié, faveur, crainte, malheurs,

Dont le pouvoir nous autoriseA rien faire ou penser qui porte ses couleurs.

Non, il n’en faut souffrir l’effet ni la pensée;

Mais quand on voit qu’un autre a besoin de secours,D’une bonne œuvre commencéeOn peut, pour le servir, interrompre le cours.

Une bonne action a toujours grand mérite,

Mais pour une meilleure il nous la faut quitter ;

C’est sans la perdre qu’on la quitte,

Et cet échange heureux nous fait plus mériter.

La plus haute pourtant n’attire aucune grâceSi par la charité son effet n’est produit;

Mais la plus faible et la plus basse,

Partant de cette source, est toujours de grand fruit.

Ce grand juge des cœurs perce d’un œil sévèreLes plus secrets motifs de nos intentions,

Et sa justice considèreCe qui nous fait agir, plus que nos actions.

Celui-là fait beaucoup en qui l’amour est forte,Celui-là fait beaucoup qui fait bien ce qu’il fait,Celui-là fait bien qui se portePlus au bien du commun qu’à son propre souhait.

Mais souvent on s’y trompe ; et ce qu’on pense n’êtreQu’un véritable effet de pure charité,

Aux yeux qui savent tout connaître,

Porte un mélange impur de sensualité.

De notre volonté la pente naturelle.,

L’espoir de récompense, ou d’accommodement,

Ou quelque affection chamelle,

Souvent tient même route, et le souille aisément.

L’homme vraiment rempli de charité parfaiteAvecque son désir sait comme il faut marcher ;

En l’embrassant il le rejette,

Et va de son côté sans jamais le chercher.

11 le fuit comme sien, et fait ce qu’il demandeQuand la gloire de Dieu par là se fait mieux voir ;

Et voulant ce que Dieu commande,

11 n’obéit qu’à Dieu quand il suit ce vouloir.

A personne jamais il ne porte d’envie,

Parce que sur la terre il ne recherche rien,

Et que son âme, en Dieu ravie,Nefaitpointd’autresvœux,ne veutpointd’autrebien.

D’aucun bien à personne il ne donne la gloire,

Pour mieux tout rapporter à cet Être divin,

Et ne perd jamais la mémoireQu’il est de tous les biens le principe et la fin ;

Que c’est par le secours de sa toute-puissanceQue nous pouvons former un vertueux propos,

Et que c’est par sa jouissanceQue les saints dans le ciel goûtent un plein repos.

Oh ! qui pourrait avoir une seule étincelleDe cette véritable et pure charité 1Que bientôt sa clarté fidèleLui ferait voir qu’ici tout n’est que vanité !

CHAPITRE XVI.

COMME IL FAUT SUPPORTER D’AUTRUI.

Porte avec patience en tout autre, en toi-même,

Ce que tu n’y peux corriger,

Jusqu’à ce que de Dieu la puissance suprêmeEn ordonne autrement, et daigne le changer.

Pour éprouver ta force il est meilleur peut-êtreQu’il laisse durer cette croix :

Ton mérite par là se fera mieux connaître;

Et, s’il n’est à l’épreuve, il n’est pas de grand poids-

Tu dois pourtant au ciel élever ta prièreContre un si long empêchement,

Afin que sa bonté t’en fasse grâce entière,

Ou t’aide à le souffrir un peu plus doucement.