Band 
Tome second.
Seite
325
JPEG-Download
 

325

LIVRE I, CHAPITRE XVII.

Quand par tes bons avis une âme assez instruiteContinue à leur résister,

Entre les mains de Dieu remets-en la conduite,Et ne t’obstine point à la persécuter.

Aucun n’est sans défaut, aucun n’est sans faiblesse,Aucun n’est sans besoin d’appui,

Aucun n’est sage assez de sa propre sagesse,

Aucun n’est assez fort pour se passer d’autrui.

Sa sainte volonté souvent veut être faitePar un autre ordre que le tien :

H sait trouver sa gloire en tout ce .qu’il projette;

E sait, quand il lui plaît, tourner le mal en bien.

Souffre sans murmurer tous les défauts des autres,Pour grands qu’ils se puissent offrir ;

Et songe qu’en effet nous avons tous les nôtres,Ront ils ont à leur tour encor plus à souffrir.

Il faut donc s’entr’aimer, il faut doncs’entr’instruire,Il faut donc s’entre-secourir,

Il faut s’entre-prêter des yeux à se conduire,

Il faut s’entre-donner une aide à se guérir.

Plus les revers sont grands, plus la preuve est facileA quel point un homme est parfait ;

Et leurs plus rudes coups ne le font pas fragile,

Mais ils donnent à voir ce qu’il est en effet.

Si ta fragilité met toujours quelque obstacleEn toi-même à tes propres vœux,

Comment peux-tu d’un autre exiger ce miracleQu’il n’agisse partout qu’ainsi que tu le veux?

•N’est-ce pas le traiter avec haute injusticeDe vouloir qu’il soit tout parfait,

Et de ne vouloir pas te corriger d’un vice,

■Aûn que ton exemple aide à ce grand effet?

Nous voulons que chacun soit sous la discipline,Qu’il souffre la correction,

Et nous ne voulons point qu’aucun nous examine,Qu’aucun censure en nous une imperfection.

CHAPITRE XVII.

DE LA VIE MONAETIQUE.

Rends-toi des plus savants en l’art de te contraindre,En ce rare et grand art de rompre tes souhaits,

Si tu veux avec tous une solide paix,

Si tu veux leur ôter tout sujet de se plaindre.

Vivre en communauté sans querelle et sans bruit,Porter jusqu’au trépas un cœur vraiment réduit,C’est se rendre digne d’envie.

Heureux trois fois celui qui se fait un tel sort !Heureux trois fois celui qu’une si douce vieConduit vers une heureuse mort!

Nous blâmons en autrui ce qu’il prend de licence,Ce qu’il se permet de plaisirs,

Et nous nous offensons s’il n’a la complaisance

t>e

n o refuser rien à nos bouillants désirs.

Nous voulons des statuts dont la dure contrainteL’attache avec sévérité,

El nous ne voulons point qu’il porte aucune atteinteN1 empire absolu de notre volonté.

te caches-tu donc, charité toujours vive,

Qui dois faire tout notre emploi ?

Et si l’on vit ainsi, quand est-ce qu’il arriveQ u ’on ait pour le prochain même amour que pour s

Si tous étaient parfaits, on n’aurait rien au mondeA souffrir pour l'amour de Dieu,t cette patience en vertus si fécondea naais à s’exercer ne trouverait de lieu.

a Sa gesse divine autrement en ordonne;

Rien n’est ni tout bon ni tout beau ;t Dieu nous forme ainsi pour n’exempter personne0 Porter l’un de l’autre à son tour le fardeau.

Si tu veux mériter, si tu veux croître en grâce,

Ne t’estime ici-bas qu’un passant, qu’un banni ;Parais fou pour ton Dieu, prends ce zèle infiniQui court après l’opprobre et jamais ne s’en lasse.La tonsure et l’habit sont bien quelques dehors,Mais ne présume pas que les gênes du corpsFassent l’âme religieuse;

C’est au détachement de tes affectionsQu’au milieu d’une vie âpre et laborieuseEn consistent les fonctions.

Cherche Dieu, cherche en lui le secret de ton âme,Sans chercher rien de plus dessous cette couleur :Tu ne rencontreras qu’amertume et douleur,

Si jamais dans ton cloître autre désir t’enflamme.Tâche d’être le moindre et le sujet de tous,

Ou ce repos d’esprit qui te semble si douxNe sera guère en ta puissance.

Veux-tu le retenir ? Souviens-toi fortementQue tu n’es venu là que pour l’obéissance,

Et non pour le commandement.

Le cloître n’est pas fait pour une vie oisive,

Ni pour passer les jours en conversation,