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L’IMITATION DE JÉSUS-CHRIST.
Pour faire une action pleine de piété ;
Tu pourras y rentrer avec facilité
Si tu n’en es sorti que pour servir ton frère;
Mais si, par nonchalance, ou par un lâche ennuiDe prendre encore demain le même qu’aujourd’hui,Ton âme appesantie une fois s’en détache,
Cet exercice alors négligé sans sujetImprimera sur elle une honteuse tache,
Et lui fera sentir le mal qu’elle s’est fait.
Quelque effort qu’ici-bas l’homme fasse à bien vivre,Il est souvent trahi par sa fragilité;
Et le meilleur remède à son infirmité,
C’est de choisir toujours un but certain à suivre.Qu’il regarde surtout quel est l’empêchementQui met le plus d’obstacle à son avancement,
Et que tout son pouvoir s’attache à l’en défaire,
Qu’il donne ordre au dedans, qu’il donne ordre au de-A cet heureux progrèsl’unetl’autreconfère, [hors;Et l’âme a plus de force ayant l’aide du corps.
Si ta retraite en toi ne peut être assidue,Recueille-toi du moins une fois chaque jour,
Soit lorsque le soleil recommence son tour,
Soit lorsque sous les eaux sa lumière est fondue :Propose le matin et règle tes projets,
Examine le soir quels en sont les effets ;
Revois tes actions, tes discours, tes pensées,Peut-être y verras-tu, malgré ton bon dessein,
A chaque occasion mille offenses glisséesContre le grand Monarque, ou contre le prochain.
Montre-toi vraiment homme à l’attaque funesteQue l’Ange ténébreux te porte à tout moment ;Dompte la gourmandise, et plus facilementDes sentiments charnels tu dompteras le reste.Dedans l’oisiveté jamais enseveli,
Toujours confère, prie, écris, médite, li,
Ou fais pour le commun quelque chose d’utile :L’exercice du corps a quelques fruits bien doux :
Mais sans discrétion c’est un travail stérile,
Et même il n’est pas propre également à tous.
Ces emplois singuliers qu’on se choisit soi-mêmeDoivent fuir avec soin de paraître au dehors;L’étalage les perd, et ce sont des trésorsDont la possession veut un secret extrême.
Surtout n’aime jamais ces choix de ton esprit.1 usqu’à les préférer à ce qui t’est prescrit ;
Tout le surabondant doit place au nécessaire.Remplis tous tes devoirs avec fidélité ;
Puis, s’il reste'du temps pour l’emploi volontaire ,Applique tout ce reste où ton zèle est porté.
Tout esprit n’est pas propre aux mêmes exercices :L’un est meilleur pour l’un, l’autre à l’autre sert mieuxEt la diversité, soit des temps, soient des lieux,Demande à notre ardeur de différents offices ;
L’un est bon à la fête, et l’autre aux simples jours ;De la tentation l’un peut rompre le cours,
À la tranquillité l’autre est plus convenable :L’homme n’a pas sur soi toujours même pouvoir;Autres sont les pensers que la tristesse accable,Autres ceux que la joie en Dieu fait concevoir.
A chaque grande fête augmente et renouvelleEt ce bon exercice et ta prière aux saints ;
Et tiens en l’attendant ton âme entre tes mainsComme prête à passer à la fête éternelle.
En ces jours consacrés à la dévotionIl faut mieux épurer l’œuvre et l’intention,
Suivre une plus étroite et plus ferme observance,Nous recueillir sans cesse, et nous imaginerQue de tous nos travaux la pleine récompenseDoit par les mains de Dieu bientôt nous couronner-
Souvent il la recule, et lors il nous faut croireQue nous n’y sommes pas dignement préparés,
Et que ces doux moments ne nous sont différésQu’afin que nous puissions mériter plus de gloire.
Il nous en comblera dans le temps ordonné :Préparons-nous donc mieux à ce jour fortuné.
« Heureux le serviteur, dit la Vérité même,
« Que trouvera son maître en état de veiller !
« Il lui partagera son propre diadème,
« Et de toute sa gloire il le fera briller. »
CHAPITRE XX.
DE L’AMOUR DE LA SOLITUDE ET DU SILENCE.
Choisis une heure propre à rentrer en toi-même,
A penser aux bienfaits de la bonté suprême,
Sans t’embrouiller l’esprit de rien de curieux ;
Et ne t’engage en la lectureQue de quelque matière pureQui touche autant le cœur qu’elle occupe les yeux.
Si tu peux retrancher la perte des paroles,
La superfluité des visites frivoles,
La vaine attention aux nouveautés des bruits,
Ton âme aura du temps de restePour suivre cet emploi céleste,
Et pour en recueillir les véritables fruits.
Ainsi des plus grands saints la sagesse profondePour ne vivre qu’à Dieu fuyait les yeux du monde,Et n’en souffrait jamais l’entretien qu’à regret;