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Tome second.
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LIVRE I, CHAPITRE XX.

Ainsi plus la vie est parfaite,

Plus elle aime cette retraite ;

Et qui veut trouver Dieu doit chercher le secret.

Un païen nous l’apprend, tout chrétiens que nous som-“ Je n’ai jamais, dit-il, été parmi les hommes [mes :« Que je n’en sois sorti moinshommeetplusbrutal ; »Et notre propre conscienceNe fait que trop d’expérience,

Combien à son repos leur commerce est fatal.

Se taire entièrement est beaucoup plus facile

Que de se préserver du mélange inutile

Qui dans tous nos discours aussitôt s’introduit;

Et c’est chose bien moins pénibleD’être chez soi comme invisible,

Que de se bien garder alors qu’on se produit.

Quiconque aspire donc aux douceurs immortellesQu’un bon intérieur fait goûter aux fidèles ,

Et veut prendre un bon guide afin d’y parvenir,Qu’avec Jésus-Christ il se couleLoin du tumulte et de la foule,

Et souvent seul à seul tâche à l’entretenir.

Personne en sûreté ne saurait se produire,

Ni parler sans se mettre au hasard de se nuire,Ni prendre sans péril les ordres à donner,

Que ceux qui volontiers se cachent,

Sans peine au silence s’attachent,

Et sans aversion se laissent gouverner.

Non, aucun ne gouverne avec pleine assurance,Que ceux qu’y laisse instruits la pleine obéissance;Qui sait mal obéir ne commande pas bien :

Aucun n’a de joie assuréeQue ceux en qui l’âme épuréeEend un bon témoignage et ne reproche rien.

Eelui que donne aux saints leur bonne conscienceNe va pourtant jamais sans soin , sans défiance,E*ont la crainte de Dieu fait la sincérité;

Et la grâce en eux épandueNe rend pas de moindre étendueNi ces justes soucis, ni leur humilité.

^ais la présomption, l’orgueil d’une âme ingrate,ait cette sûreté dont le méchant se flatte,

Lt le trompe à la fin, l’ayant mal éclairé.

Quoique tu sois grand cénobite,

T Quoique tu sois parfait ermite,am ais, tant que tu vis, ne te tiens assuré.

S ° Uv ent ceux que tu vois par leur vertu sublime

Mériter notre amour, emporter notre estime,

Tout parfaits qu’on les croit, sont le plus en danger;Et l’excessive confianceQu’elle jette en leur conscience,

Souvent les autorise à se trop négliger.

Souvent il est meilleur que quelque assaut nous presse,Et que, nous faisant voir quelle est notre faiblesse ,Il réveille par là nos plus puissants efforts,

De crainte que l’âme tranquilleNe s’enfle d’un orgueil facileA glisser de ce calme aux douceurs du dehors.

O plaisirs passagers ! si jamais nos penséesDe vos illusions n’étaient embarrassées,

Si nous pouvions bien rompre avec le monde et vous,Que par cette sainte ruptureL’âme se verrait libre et pure,

Et se conserverait un repos long et doux !

Il serait, il serait d’éternelle durée,

Si tant de vains soucis dont elle est déchiréePar votre long exil se trouvaient retranchés,

Et si nos désirs solitaires,

Bornés à des vœux salutaires,

Étaient par notre espoir à Dieu seul attachés.

Aucun n’est digne ici de ces grâces divines,

Qui, parmi tant de maux et parmi tant d’épines,Versent du haut du ciel la consolation,

Si son exacte vigilanceNe s’exerce avec diligenceDans les saintes douleurs de la componction.

Veux-tu jusqu’en ton cœur la sentir vive et forte?Rentre dans ta cellule, et fermes-en la porteAux tumultes du monde, à sa vaine rumeur ;

N’en écoute point l’imposture,

Et, comme ordonne l’Écriture,

Repasse au cabinet les secrets de ton cœur.

Ce que tu perds dehors s’y retrouve à toute heure ;Mais il faut sans relâche en aimer la demeure ;

Elle n’a rien de doux sans l’assiduité ;

Et depuis qu’elle est mal gardée,

Ce n’est plus qu’une triste idée,

Qui n’enfante qu’ennuis et qu’importunité.

Elle sera ta joie et ta meilleure amie,

Si ta conversion, dans son calme affermie,

Dès le commencement la garde sans regret ;

C’est dans ce calme et le siieneeQue l’âme dévote s’avance,

Et que de l’Écriture elle apprend le secret. .