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Tome second.
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L’IMITATION DK

Pour se fortifier elle y trouve des armes,

Pour se purifier elle y trouve des larmes,

Par qui tous ses défauts sont lavés chaque nuit ;

Elle s’y rend par la prièreA Dieu d’autant plus familière,

Qu’elle en bannit du siècle et l’amour et le bruit.

Qui se détache donc pour cette solitudeDe toutes amitiés et de toute habitude,

Plus il rompt les liens du sang et de la chair,

Plus de Dieu la bonté suprême,

Par ses anges et par lui-même,

Pour le combler de biens daigne s’en approcher.

Cache-toi, s’il le faut, pour briser ces obstacles ;L’obscurité vaut mieux que l’éclat des miracles ,

S’ils étouffent les soins qu’on doit avoir de soi ;

Et le don de faire un prodige,

Dans une âme qui se néglige,

D’un précieux trésor fait un mauvais emploi.

Le vrai religieux rarement sort du cloître,

Vit sans ambition de se faire connaître,

Ne veut point être vu, ne veut point regarder ;

Et croit que celui-là se tueQui cherche à se blesser la vueDe ce que , sans se perdre, il ne peut posséder.

Le monde et ses plaisirs s’écoulent et nous gênent;

Et quand à divaguer nos désirs nous entraînent,

Ce temps qu’on aime à perdre est aussitôt passé;

Et pour fruit de cette sortieOn n’a qu’une âme appesantie,

Et des désirs flottants dans un cœur dispersé. ‘

Ainsi celle qu’on fait avec le plus de joieSouvent avec douleur au cloître nous renvoie ;

Les délices du soir font un triste matin :

Ainsi la douceur sensuelleNous cache sa pointe mortelle,

Qui nous flatte à l’entrée et nous tue à la fin.

Ne vois-tu pas ici le feu, l’air, l’eau, la terre,

Leur éternelle amour, leur éternelle guerre?

N’y vois-tu pas le ciel à tes yeux exposé ?

Qu’est-ce qu’ailleurs tu te proposes ?

N’est-ce pas bien voir toutes chosesQue voir les éléments dont tout est composé?

Que peux-tu voir ailleurs qui soit longtemps dura-Crois-tu rassasier ton cœur insatiable [ble?

En promenant partout tes yeux avidement?

Et quand d’une seule ouverture

JÉSUS-CHRIST.

Ils verraient toute la nature,

Que serait-ce pour toi qu’un vain amusement?

Lève les yeux au ciel, et par d’humbles prièresTire des mains de Dieu ces faveurs singulièresQui purgent tes péchés et tes déréglements :

Laisse les vanités mondainesEn abandon aux âmes vaines,

Et ne porte ton cœur qu’à ses commandements.

Ferme encore une fois, ferme sur toi ta porte,

Et d’une voix d’amour languissante, mais forte,Appelle cet objet de tes plus doux souhaits,Entretiens-le dans ta celluleDe la vive ardeur qui te brûle,

Et ne crois point ailleurs trouver la même paix.

Tâche à n’en point sortir qu’il ne soit nécessaire :N’écoute, si tu peux, aucun bruit populaire,

Ton calme en deviendra plus durable et meilleur;Sitôt que tes sens infidèlesOuvrent ton oreille aux nouvelles,

Us font entrer par là le trouble dans ton cœur.

CHAPITRE XXI.

DE LA COMPONCTION DU COEUK.

Si tu veux avancer au chemin de la grâce,

Dans la crainte de Dieu soutiens tes volontés;

Ne sois jamais trop libre, et rends-toi tout de glacePour tout ce que les sens t’offrent de voluptés :Dompte sous une exacte et forte disciplineCes inséparables flatteursQue l’amour de toi-même à te séduire obstine,

Et dans eux n’examine

Que la grandeur des maux dont ils sont les auteurs.

Ainsi fermant la porte à la joie indiscrèteSous qui leur faux appât sème un poison caché,

Tu la tiendras ouverte 5 la douleur secrèteQu’un profond repentir fait naître du péché :

Cette sainte douleur dans l’âme recueillieProduit mille sortes de biens,

Que son relâchement vers l’aveugle folieDes plaisirs de la vieA bientôt dissipés en de vains entretiens.

Chose étrange que l’homme accessible à la joie,

Au milieu des malheurs dont il est enfermé,Quelque exilé qu’il soit, quelques périls qu’il voie,Par de fausses douceurs aime à se voir charmé !

Ah ! s’il peut consentir qu’une telle allégresseTienne ses sens épanouis,