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Tome second.
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LIVRE I, CHAPITRE XXI.

H n’en voit pas la suite, et sa propre faiblesseQu’il reçoit pour maîtresse,dérobe sa misère à ses yeux éblouis.

Oui , sa légèreté que tout désir enflamme,

Elle peu de souci qu’il prend de ses défauts,

L’ayant rendu stupide aux intérêts de l’ûme,lui permettent pas d’en ressentir les maux ;

Ainsi, pour grands qu’ils soient, jamais il n’en sou-Faute de les considérer ; [pire,

Elus il en est blessé, plus lui-même il s’admire,

Et souvent ose rire

Lorsque de tous côtés il a de quoi pleurer.

Somme, apprends qu’il n’est point ni de liberté vraie,Si de plaisir parfait qu’en la crainte de Dieu,

Et que la conscience et sans tache et sans plaieA de pareils trésors seule peut donner lieu.

Toute autre liberté n’est qu’un long esclavageQui cache ou qui dore ses fers;

Et tout autre plaisir ne laisse en ton courageQu’un prompt dégoût pour gageSu tourment immortel qui l’attend aux enfers.

Seureux qui peut bannir de toutes ses pensséesLes vains amusements de la distraction!

Seureux qui peut tenir ses forces ramasséesSans le recueillement de la componction !

^ais plus heureux encor celui qui se dépouilleDe tout indigne et lâche emploi,

Q u i, pour ne rien souffrir qui lui pèse ou le souille,Fuit ce qui le chatouille,

Et pour mieux servir Dieu se rend maître de soi !

Combats donc fortement contre l'inquiétudeSù te jette du monde et l’amour et le bruit :

L habitude se vainc par une autre habitude,

Et les hommes jamais ne cherchent qui les fuit,^âglige leur commerce, et romps l’intelligence_ Qui te lie encore avec eux,

Et bientôt à leur tour, te rendant par vengeanceLa même négligence,ls t’abandonneront à tout ce que tu veux.

? a ttire point sur toi les affaires des autres,

ET t’embarrasse point des intérêts des grands :otre propre besoin nous charge assez des nôtres ;a te dois le premier les soins que tu leur rends.Ie ns sur toi l’œil ouvert, et toi-même t’éclairep Avant qu’éclairer tes amis ;

Et quand tu peux donner un conseil salutaireQui les porte à bien faire,

’onne-t

en le plus ample et le plus prompt avis.

Pour te voir éloigne de la faveur des hommesNe crois point avoir lieu de justes déplaisirs;

Elle ne produit rien, en l’exil où nous sommes,

Qu’un espoir décevant et de vagues désirs.

Ce qui doit t’attrister, ce dont tu dois te plaindre,C’est de ne te régler pas mieux',

C’est de sentir ton feu s’amortir et s’éteindreAvant qu’il puisse atteindreOù doit aller celui d’un vrai religieux.

Souvent il est plus sûr, tant que l’homme respire,Qu’il sente peu de joie en son cœur s’épancher,Surtout de ces douceurs que le dehors inspire,

Et qui naissent en lui du sang et de la chair.

Que si Dieu rarement sur notre longue peineRépand sa consolation,

La faute en est à nous, dont la prudence vaineCherche un peu trop l’humaine,

Et ne s’attache point à la componction.

Reconnais-toi, mortel, indigne des tendressesQue départ aux élus la divine bonté ;

Et des afflictions regarde les rudessesComme des traitements dus à ta lâcheté.

L’homme vraiment atteint de la douleur profondeQu’enfante un plein recueillementNe trouve qu’amertume aux voluptés du monde,

Et voit qu'il ne les fondeQue sur de longs périls que déguise un moment.

Le moyen donc qu’il puisse y trouver quelques char-Soit qu’il se considère, ou qu’il regarde autrui, [mes,S’il n’y peut voir partout que des sujets de larmes,N’y voyant que des croix pour tout autre et pour lui ?Plus il le sait connaître, et plus la vie entièreLui semble un amas de malheurs ;

Et plus du haut du ciel il reçoit de lumière,

Plus il voit de matièreDessus toute la terre à de justes douleurs.

Sacrés ressentiments, réflexions perçantes,

Qui dans un cœur navré versez d’heureux regrets,Que vous trouvez souvent d’occasions pressantesParmi tant de péchés et publics et secrets !

Mais, hélas ! ces tyrans de l’âme criminelleL’enchaînent si bien en ces lieux,

Qu’il est bien malaisé que vous arrachiez d’elleQuelque soupir fidèle

Qui la puisse élever un moment vers les cieux.

Pense plus à la mort que tu vois assurée,

Qu’à la vaine longueur de tes jours incertains,

Et tu ressentiras dans ton âme épurée

Une ferveur plus forte et des désirs plus saiuts.