L’IMITATION DE JÉSUS-CHRIST.
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Si ton cœur chaque jour mettait dans la balanceOu le purgatoire ou l’enfer,
Il n’est point de travail, il n’est point de souffranceOù soudain ta constanceNe portât sans effroi l’ardeur d’en triompher.
Mais nous n’en concevons qu’une légère image [cœur ;Dont les traits impuissants ne vont point jusqu’auNous aimons ce qui flatte, et consumons notre âgeDans l’assoupissement d’une froide langueur;
Aussi le corps se plaint, le corps gémit sans cesseAccablé sous les moindres croix,
Parce que de l’esprit la honteuse mollesseN’agit qu’avec faiblesse,
Et refuse son aide à soutenir leur poids.
Demande donc à Dieu pour faveur singulièreL’esprit fortifiant de la componction;
Avec le roi prophète élève ta prière,
Et dis à son exemple avec submission : [gnage
« Nourrissez-moi de pleurs, Seigneur, pour témoi-« Que vous me voulez consoler.
« Détrempez-en mon pain, mêlez-en mon breuvage,« Et de tout mon visage
« Jour et nuit à grands flots faites-les distiller. »
CHAPITRE XXII.
DES CONSIDÉRATIONS DE LA MISERE HUMAINE.
Mortel, ouvre les yeux, et vois que la misèreTe cherche et te suit en tout lieu,
Et que toute la vie est une source amèreA moins qu’elle tourne vers Dieu.
Rièn ne te doit troubler, rien ne te doit surprendre,Quand l’effet manque à tes désirs,
Puisque ton sort est tel que tu n’en dois attendreQue des sujets de déplaisirs.
N’espère pas qu’ici jamais il se ravaleA répondre à tous tes souhaits ;
Pour toi, pour moi, pour tous, la règle est généraleEt ne se relâche jamais.
Il n’est emploi ni rang dont la grandeur se pareDe cette inévitable loi,
Et ceux qu’on voit porter le sceptre ou la tiareN’en sont pas plus exempts que toi.
L’angoisse entre partout, et si quelqu’un sur terrePorte mieux ce commun ennui,
C’est celui qui pour Dieu sait se faire la guerre,
Et se plaît â souffrir pour lui.
Les faibles cependant disent avec envie :
« Voyez, que cet homme est puissant,
« Qu’il est grand, qu’il est riche, et que toute sa vie« Prend un cours noble et florissant! »
Malheureux! regardez quels sont les biens célestes,Ceux-ci ne paraîtront plus rien,
Et vous n’y verrez plus que des attraits funestesSous la fausse image du bien.
Douteuse est leur durée, et trompeur le remèdeQu’ils donnent à quelques besoins,
Et le plus fortuné jamais ne les possèdeQue parmi la crainte et les soins.
Le solide plaisir n’est pas dans l’abondanceDe ces pompeux accablements ,
Et souvent leur excès amène l’impudenceDes plus honteux déréglements.
Leur médiocrité suffit au nécessaireD’un esprit sagement borné,
Et tout ce qui la passe augmente la misèreDont il se voit environné.
Plus il rentre en soi-même et regarde la vieDedans son véritable jour,
Plus de cette misère il la trouve suivie,
Et change en haine son amour.
Il ressent d’autant mieux l’amertume épandueSur la longueur de ses travaux,
Et s’en fait un miroir qui présente à sa vueL’image de tous ses défauts.
Car enfin travailler, dormir, manger et boire,
Et mille autres nécessités,
Sont aux hommes de Dieu, qui n’aiment que sa gloireD’étranges importunités.
Oh! que tous ces besoins ont de cruelles gênesPour un esprit bien détaché!
Et qu’avec pleine joie il en romprait les chaînesQui l’asservissent au péché !
Ce sont des ennemis qu’en vain sa ferveur brave,Puisqu’ils sont toujours les plus forts,
Et des tyrans aimés qui tiennent l’âme esclaveSous les infirmités du corps.
David tremblait sous eux ; et parmi sa tristesse,Rempli de célestes clartés,
« Sauvez-inoi, disait-il, du joug qu'à ma faiblesse« Imposent mes nécessités. »