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Tome second.
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LIVRE I, CHAPITRE XXII.

Malheur à toi, mortel, si tu ne peux connaîtreLa misère de ton séjour!

Et malheur plus encor si tu n’es pas le maîtreDe ce qu’il te donne d’amour!

Eaut-il que cette vie en soi si misérableAit toutefois un tel attrait

Que le plus malheureux et le plus méprisableNe l’abandonne qu’à regret ?

Ee pauvre, qui l’arrache à force de prières,Avec horreur la voit finir ;

Et l’artisan s’épuise en sueurs journalièresPour trouver à la soutenir.

Que s’il était au choix de notre âme insenséeDe languir toujours en ces lieux,

Nèus traînerions nos maux sans aucune penséeDe régner jamais dans les cieux.

Eâches, qui sur nos cœurs aux voluptés du mondeSouffrons des progrès si puissants,

Que rien n’y peut former d’impression profonde,S’il ne flatte et charme nos sens !

^ous verrons à la fin, aveugles que nous sommes,Que ce que nous aimons n’est rien,

Et qu’il ne peut toucher que les esprits des hommesQui ne se connaissent pas bien.

Ees saints, les vrais dévots, savaient mieux de leurRemplir toute la dignité, [être

Et pour ces vains attraits ils ne faisaient paraîtreQu’entière insensibilité.

Es dédai gnaient de perdre un moment aux idéesDes biens passagers et charnels,

A leurs intentions, d’un saint espoir guidées,Volaient sans cesse aux éternels.

E°ut leur cœur s’y portait, et s’élevant sans cesse.. Vers leurs invisibles appas,e utpêchait la chair de s’en rendre maîtresseEt de le ravaler trop bas.

M ° n frère, à leur exemple, anime ton courage,

„ Et prends confiance après eux ;

VUoi q U ’ü f a j]] e de tenl p S p 0ur un s i grand ouvrage,Tu n’en as que trop, si tu veux.

US( IUes à quand veux-tu que ta lenteur diffère?

U Ose, et dis sans plus négliger,

6st temps de combattre, il est temps de mieux faire,E est temps de nous corriger.

Prends-en l’occasion dans tes peines diverses :

Elles te la viennent offrir :

Le temps du vrai mérite est celui des traverses;

Pour triompher il faut souffrir.

Par le milieu des eaux, par le milieu des flammes,

On passe au repos tant che'rché ;

Et sans violenter et les corps et les âmes,

On ne peut vaincre le péché.

Tant qu’à ce corps fragile un souffle nous attache,Tel est à tous notre malheur,

Que le plus innocent ne se peut voir sans tache,

Ni le plus content sans douleur.

Le plein calme est un bien hors de notre puissance,Aucun ici-bas n’en jouit ;

Il descendit du ciel avec notre innocence,

Avec elle il s’évanouit.

Comme ces deux trésors étaient inséparables,

Un moment perdit tous les deux ;

Et le même péché qui nous lit tous coupables',

Nous fit aussi tous malheureux.

Prends donc, prends patience en un chemin qu’onSous des orages assidus, [passe

Jusqu’à ce que ton Dieu daigne te faire grâce,

Et te rendre les biens perdus;

Jusqu’à ce que la mort brise ce qui te lieA cette longue infirmité,

Et qu’en toi dans le ciel la véritable vieConsume la mortalité.

Jusque-là n’attends pas des plus saints exercicesUn long et plein soulagement ;

Le naturel de l’homme à tant de pente aux vices,Qu’il s’y replonge à tout moment.

Tu pleures pour les tiens, pécheur, tu t’en confesses;Tu veux, tu crois y renoncer,

Et dès le lendemain tu reprends les faiblessesDont tu te viens de confesser.

Tu promets de les fuir quand la douleur t’emporteContre ce qu’elles ont commis,

Et presque au même instant tu vis de même sorteQue si tu n’avais rien promis.

C’est donc avec raison que l’âme s’humilie,

Se mésestime, se déplaît,

Toutes les fois qu’en soi fortement recueillieElle examine ce qu’elle est.