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Tome second.
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LIMITATION DE JÉSUS-CHRIST.

Elle voit l’inconstance avec un tel empireRégner sur sa fragilité ,

Que le meilleur propos qu’un saint regret inspireN’a que de l’instabilité.

Elle voit clairement que ce que fait la grâcePar de rudes et longs travaux,

Un peu de négligence en un moment l’efface,

Et nous rend tous nos premiers maux.

Que sera-ce de nous au bout d’une carrièreOù s’offrent combats sur combats,

Si notre lâcheté déjà tourne en arrière,

Et perd haleine au premier pas?

Malheur, malheur à nous, si notre âme endormiePenche vers la tranquillité,

Comme si notre paix déjà bien affermieNous avait mis en sûreté !

C’est usurper ici les douces récompensesDes véritables saintetés,

Avant qu’on en ait vu les moindres apparencesSurmonter nos légèretés.

Ah ! qu’il vaudrait mieux qu’ainsi que des novices,De nouveau nous fussions instruits,

Et reprissions un maître aux premiers exercicesPour en tirer de meilleurs fruits !

Qui la charme ou qui l’intimide ;

Un assoupissement fatalDans ton cœur qu’elle éclaire malNe souffre aucune sainte flamme,

Et forme une aveugle langueurDe la stupidité de l’âmeEt de la dureté du cœur.

Règle, règle mieux tes pensées,

Mets plus d’ordre en tes actions,Réunis tes affectionsVagabondes et dispersées ;

Pense, agis, aime incessamment,Comme si déjà ce momentÉtait celui d’en rendre compte,

Et ne devait plus différerTa gloire éternelle ou ta bonté,Qu’autant qu’il faut pour expirer.

Qui prend soin de sa conscienceNe considère dans la mortQue la porte aimable d’un sortDigne de son impatience ;

L’horrible pâleur de son teint,

Les hideux traits dont on la peint,N’ont pour ses yeux rien de sauvage,Et ne font voir à leur clartéQue la fin d’un triste esclavageEt l’entrée à la liberté.

Du moins on pourrait voir si nous serions capablesEncor de quelque amendement,

Et si dans nos esprits les clartés véritablesPourraient s’épandre utilement.

CHAPITRE XXIII.

DE LA MÉDITATION DE LA MOBT.

Pense, mortel, à t’y résoudre;

Ce sera bientôt fait de toi :

Tel aujourd’hui donne la loiQui demain est réduit en poudre.

Le jour qui paraît le plus beau,

Souvent jette dans le tombeauLa mémoire la mieux fondée,

Et l’objet qu’on aime le mieuxÉchappe bientôt à l’idée,

Quand il n’est plus devant les yeux.

Cependant ton âme stupide,

Sur qui les sens ont tout pouvoir,

Dans l’avenir ne veut rien voir

Crains le péché, si tu veux vivreD’une vie heureuse et sans fin,

Et non pas ce commun destinA qui la naissance te livre;Prépare-s-y-toi sans ennui :

Si tu ne le peux aujourd’hui,Demain qu’aura-t-il de moins rude?As-tu ce terme dans ta main,

Et vois-tu quelque certitudeD’arriver jusqu’à ce demain?

De quoi sert la plus longue vieAvec si peu d’amendement,

Que d’un plus long engagementAux vices dont elle est suivie?Qu’est-elle souvent qu’un amasDe sacrilèges, d’attentats,D’endurcissements invincibles ?

Et qu’y font de vieux criminelsQue s’y rendre plus insensiblesAux charmes des biens éternels?

Plût,à Dieu que l’âme, bornéeA se bien regarder en soi,