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LIMITATION
Travaille donc et sans remise :
Chaque moment est précieux ;
Chaque instant peut t’ouvrir les deux ;Prends un temps qui te favorise :
Mais, hélas ! qu’avec peu de fruitL’homme, par soi-même séduit,
Endure qu’on l’en sollicite,
Et qu’il aime à perdre ici-basLe temps d’amasser un mériteQui fait vivre après le trépas!
Un temps viendra, mais déplorable,
Que tes yeux, en vain mieux ouverts,
Te feront voir combien tu perdsDans cette perte irréparable ;
Les soins tardifs de t’amenderAuront alors beau demanderEncore un jour, encore une heure,
Il faudra partir promptement,
Et la soif d’une fin meilleureN’obtiendra pas un seul moment.
Pense-s-y sans cesse et sans feinte ;
Ce grand péril se peut gauchir,
Et la crainte peut t’affranchirDes plus justes sujets de crainte :
Quiconque à la mort se résout,
Qui la voit et la craint partout,
A peu de chose à craindre d’elle ;
Et le plus assuré secoursContre les traits d’une infidèle,
C’est de s’en défier toujours.
Qu’une pieuse et sainte adresse,
Servant de règle à tes désirs,
Dispose tes derniers soupirsA moins d’effroi que d’allégresse :
Meurs à tous les mortels appas,
Afin qu’en Dieu par le trépasTu puisses commencer à vivre,
Et qu’un plein mépris de ces lieuxTe donne liberté de suivreJésus-Christ jusque dans les deux.
Qu’une sévère pénitenceN’épargne point ici ton corps,
Si tu veux recueillir alors
Les fruits d’une entière constance :
De ses plus âpres châtimentsNaîtront les plus doux sentimentsD’une confiance certaine;
Et plus on l’aura maltraité,
DE JÉSUS-CHRIST.
• Plus l’âme, forte de sa peine,
Prendra son vol en sûreté.
D’où te vient la folle espéranceDe faire en terre un long séjour,
'Dû qui n’as pas même un seul jourOù tes jours soient en assurance?Combien en trompe un tel espoir !
Et combien en laisse-t-il choirDans le plus beau de leur carrière,Combien tout à coup défaillir,
Et précipiter dans la bièreLa vaine attente de vieillir !
Combien de fois entends-tu dire :Celui-ci vient d’être égorgé,
Celui-là d’être submergé,
Cet autre dans les feux expire ;
L’un écrasé subitementSous les débris d’un bâtimentA fini ses jours et ses vices;
L’autre au milieu d’un grand repas,L’autre parmi d’autres délicesS’est trouvé surpris du trépas ;
L’un est percé d’un plomb funeste,L’autre dans le jeu rend l’esprit;
Tel meurt étranglé dans son lit,
Et tel étouffé de la peste?
Ainsi mille genres de morts,
Parmille différents efforts,
Des mortels retranchent le nombre ;L’ordre en ce point seul est pareilQu’ils passent tous ainsi qu’une ombreQu’efface et marque le soleil.
Parmi les vers et la poussièreQui daignera chercher ton nom,
Et pour obtenir ton pardonHasarder la moindre prière?
Fais, fais ce que tu peux de bien,Donne aux saints devoirs d’un chrétienTout ce que Dieu te donne à vivre :
Tu ne sais quand tu dois mourir,
Et moins encor ce qui doit suivreLes périls qu’il y faut courir.
Tandis que le temps favorableTe donne loisir d’amasser,
Amasse, mais sans te lasser,
Une richesse perdurable;
Donne-toi pour unique but -Le grand œuvre de ton salutAutant que le peut ta faiblesse ;