LIVRE I, CHAPITRE XXIV.
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N’embrasse aucun autre projet,
Et prends tout souci pour bassesse,S’il n’a ton Dieu pour seul objet.
Fais des amis pour l’autre vie;Honore les saints ici-bas,
Et tâche d’affermir tes pasDans la route qu’ils ont suivie;Range-toi sous leur étendard,
Afin qu’à l’heure du départIls fassent pour toi des miracles,
Et qu’ils viennent te recevoirDans ces lumineux tabernaclesOù la mort n’a point de pouvoir.
Ne tiens sur la terre autre placeQue d’un pèlerin sans arrêt,
Qui ne prend aucun intérêtAux soins dont elle s’embarrasse ;Tiens-y-toi comme un étrangerQui dans l’ardeur de voyagerN’a point de cité permanente ;Tiens-y ton cœur libre en tout lieu,Mais d’une liberté ferventeQui s’élève et s’attache à Dieu.
Pousse jusqu’à lui tes prièresPar de sacrés élancements ;
Joins-y mille gémissements,Joins-y des larmesjournalières.Ainsi ton esprit bienheureuxPuisse d’un séjour dangereuxPasser en celui de la gloire!
Ainsi la mort pour l’y porterRègne toujours en ta mémoire!Ainsi Dieu te daigne écouter!
CHAPITRE XXIY.
JUGEMENT, et des peines du péché.
Sq' n ' ne , ( l u °i qu’ici-bas tu veuilles entreprendre,j^ n ge à ce compte exact qu’un jour il en faut rendre,jAets devant tes yeux cette dernière finH e !, 3 ton mauvais ou ton heureux destin.
t ’ ar de avec quel front tu pourras comparaîtrej ) evatlt le tribunal de ton souverain maître,
Qüi^R ce juste juge à qui rien n’est caché,q u , l us que dans ton cœur sait lire ton péché,Que UCUn n ’cl ) ' ou 'l'> qu’aucune erreur n’abuse,
Qu' nesur P re nd jamais l’adresse d’une excuse,
Ce* ïen ^ a f°us justice et pèse au même poids( l Ue font les bergers et ce que font les rois.corneille. — tome il
Misérable pécheur, que sauras-tu répondreA ce Dieu qui sait tout, et viendra te confondre,
Toi que remplit souvent d’un invincible effroiLe courroux passager d’un mortel comme toi ? [ res,
Donne pour ce grand jour, donne ordre à tes affai -Pour ce grand jour, le comble ou la fin des misères,Où chacun, trop chargé de son propre fardeau,
Son propre accusateur et son propre bourreau,Répondra par sa bouche, et seul, à sa défense,
N’aura point de secours que de sa pénitence.
Cours donc avec chaleur aux emplois vertueux ;Maintenant ton travail peut être fructueux,
Tes douleurs maintenant peuvent être écoutées,
Tes larmes jusqu’au ciel être soudain portées ,
Tes soupirs de ton juge apaiser la rigueur,
Ton repentir lui plaire, et nettoyer ton cœur.
Oh! que la patience est un grand purgatoirePour laver de ce cœur la tache la plus noire !
Que l’homme le blanchit lorsqu’il le dompte au pointDe souffrir un outrage et n’en murmurer point;Lorsqu’il est plus touché du mal que se procureL’auteur de son affront, que de sa propre injure,Lorsqu’il élève au ciel ses innocentes mainsPour le même ennemi qui rompt tous ses desseins,Qu’avec sincérité promptement il pardonne,
Qu’il demande pardon de même qu’il le donne ,
Que sa vertu commande à son tempérament,
Que sa bonté prévaut sur son ressentiment,
Que lui-même à toute heure il se fait violencePour vaincre de ses sens la mutine insolence,
Et que pour seul objet partout il se prescritD’assujettir la chair sous les lois de l’esprit ! [ ces
Ah ! qu’il vaudrait bien mieux par de saints exercuPurger nos passions, déraciner nos vices,
Et nous-mêmes en nous à l’envi les punir,
Qu’en réserver la peine à ce long avenir!
Mais ce que nous avons d’amour désordonnée,
Pour cette ingrate chair à nous perdre obstinée ,Nous-mêmes nous séduit, et l’arme contre nousDe tout ce que nos sens nous offrent de plus doux.
Qu’auront à dévorer les éternelles flammesQue cette folle amour où s’emportent les âmes,
Cet amas de péchés, ce détestable fruit
Que cette chair aimée au fond des cœurs produit?
Plus tu suis ses conseils et te fais ici grâce,
Plus de matière en toi pour ces flammes s’entasse ;
Et ta punition que tu veux reculerPrépare à l’avenir d’autant plus à brûler.
Là, par une justice effroyable à l’impie,
Par où chacun offense il faudra qu’il l’expie ;
Les plus grands châtiments y seront attachésAux plus longues douceurs de nos plus grands péchés.
Dans un profond sommeil la paresse enfoncéeD’aiguillons enflammés s’y trouvera pressée,