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Tome second.
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L’IMITATION DE JESUS-CHRIST.

Et les cœurs que charmait sa molle oisivetéGémirontsans repos toute l’éternité.

L’ivrogne et le gourmand recevront leurs supplicesDu souvenir amer de leurs chères délices,

Et ces repas traînés jusques au lendemainMêleront leur idée aux rages de la faim.

Les sales voluptés dans le milieu d’un gouffreParmi les puanteurs de la poix et du soufreLaisseront occuper aux plus cruels tourmentsLes lieux les plus flattés de leurs chatouillements.

L’envieux qui verra du plus creux de l’abîmeLe ciel ouvert aux saints et fermé pour son crime,D’autant plus furieux, hurlera de douleurPour leur félicité plus que pour son malheur.

Tout vice aura sa peine à lui seul destinée ;

La superbe à la honte y sera condamnée,

Et, pour punir l’avare avec sévérité,

La pauvreté qu’il fuit aura sa cruauté.

Là sera plus amère une heure de souffranceQue ne le sont ici cent ans de pénitence;

Là jamais d’intervalle ou de soulagementN’affaiblit des damnés l’éternel châtiment :

Mais ici nos travaux peuvent reprendre haleine,Souffrir quelque relâche à la plus juste peine;L’espoir d’en voir la fin à toute heure est permis,Tandis qu’on s’en console avecque ses amis.

Romps-y donc du péché les noires habitudes,

A force de soupirs, de soins, d’inquiétudes,

Afin qu’en ce grand jour ce juge rigoureuxTe mette en sûreté parmi les bienheureux :

Car les justes alors avec pleine constance [geance,Des maux par eux soufferts voudront prendre ven-Et d’un regard farouche ils paraîtront armésContre les gros pécheurs qui les ont opprimés.

Tu verras lors assis au nombre de tes jugesCeux qui jadis chez toi cherchaient quelques refuges,Et tu seras jugé par le juste courrouxDe qui te demandait la justice à genoux.

L’humble alors et le pauvre après leur patienceRentreront à la vie en paix, en confiance,

Cependant que le riche avec tout son orgueil,

Pâle et tremblant d’effroi, sortira du cercueil.

Lors aura son éclat la sagesse profondeQui passait pour folie aux mauvais yeux du monde ;Une gloire sans fin sera le digne prixD’avoir souffert pour Dieu l’opprobre et le mépris.Lors tous les déplaisirs endurés sans murmureSeront changés en joie inépuisable et pure ;

Et toute iniquité confondant son auteurLui fermera la bouche et rongera le cœur.

Point lors, point de dévots sans entière allégresse,Point lors de libertins sans profonde tristesse ;Ceux-là s’élèveront dans les ravissements,

Ceux-ci s’abîmeront dans les gémissements;

i Et la chair qu’ici-bas on aura maltraitée,

Que la règle ou le zèle auront persécutée,

Goûteront plus alors de solides plaisirsQue celle que partout on livre à ses désirs.

Les lambeaux mal tissus de la robe grossièreDes plus brillants habits terniront la lumière ;

Et les princes verront les charnues préférésAu faite ambitieux de leurs palais dorés.

La longue patience aura plus d’avantageQue tout ce vain pouvoir qu’a le monde en partage;La prompte obéissance et sa simplicité,

Que tout ce que le siècle a de subtilité.

La joie et la candeur des bonnes consciencesIront lors au-dessus des plus hautes sciences;

Et du mépris des biens les plus légers effortsSeront de plus grand poids que les plusgrands trésors.

Tu sentiras ton âme alors plus consoléeD’une oraison dévote à tes soupirs mêlée,

Que d’avoir fait parade en de pompeux festinsDu choix le plus exquis des viandes et des vins.

Tu te trouveras mieux de voir dans la balanceL’heureuse fermeté d’un rigoureux silenceQue d’y voir l’embarras et les distractionsD’un cœur qui s’abandonne aux conversations;

D’y voir de bons effets que de belles paroles,

Des actes de vertus que des discours frivoles;

D’y voir la pénitence avec sa dureté,

D’y voir l’étroite vie avec son âpreté,

Que la douce mollesse où flotte vagabondeUne âme qui s’endort dans les plaisirs du monde.

Apprends qu’il faut souffrir quelques petits malheursPour t’affranchir alors de ces pleines douleurs :Éprouve ici ta force, et fais sur peu de choseUn faible essai des maux où l’avenir t’expose;

Ils seront éternels, et tu crains d’endurerCeux qui n’ont ici-bas qu’un moment à durer!

Si leurs moindres assauts, leur moindre expérienceTe jette dans le trouble et dans l’impatience,

Au milieu des enfers, où ton péché va choir,

Jusques à quelle rage ira ton désespoir?

Souffre, souffre sans bruit ; quoi que le ciel t’envoie,Tu ne saurais avoir de deux sortes de joie,

Remplir de tes désirs ici l’avidité,

Et régner avec Dieu dedans l’éternité.

Quand depuis ta naissance on aurait vu ta vieD’honneurs jusqu’à ce jour et de plaisirs suivie,Qu’aurait tout cet amas qui te pût secourir,

Si dans ce même instant il te fallait mourir ?

Tout n’est que vanité : gloire, faveurs, richesses,Passagères douceurs, trompeuses allégresses,

Tout n'est qu’amusement, tout n’est que faux app u1 ’Hormis d’aimer Dieu seul, et ne servir que lui.

Qui de tout son cœur l’aime y borne ses délices :

Il ne craint mort, enfer, jugement, ni supplices ;