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L IMITATION DE JESUS-CHRIST.
L’objet de cette horreur te doit servir d’amorce,
La grandeur des travaux ennoblit le combat,
Et la gloire de vaincre a d’autant plus d’éclatQue pour y parvenir on fait voir plus de force 1 .L’homme qui porte en soi son plus grand ennemi,Plus, à se bien haïr saintement affermi,
Il trouve en l’amour-propre une âpre résistance,
Plus il a de mérite à se dompter partout;
Et la grâce, que Dieu mesure à sa constance,D’autant plus dignement l’en fait venir à bout.
Tous n’ont pas toutefois mêmes efforts à faire,Comme ils n’ont pas en eux à vaincre également,
Et la diversité de leur tempéramentLeurdonneun plus puissantouplusfaibleadversaire;Mais un esprit ardent aux saintes fonctions,
Quoiqu’il ait à forcer beaucoup de passions,
Tout chargé d’ennemis, fera plus de miraclesQu’un naturel bénin, doux, facile, arrêté,
Qui, ne ressentant point en soi de grands obsta clés,S’enveloppe ét s’endort dans sa tranquillité.
Agis donc fortement, et fais-toi violencePour te soustraire au mal où tu te vois pencher,Examine quel bien tu dois le plus chercher,
Et porte-s-y soudain toute ta vigilance :
Mais ne crois pas en toi le voir jamais assez ;
Tes sens à te flatter toujours intéressésT’en pourraient souvent faire une fausse peinture ;Porte les yeux plus loin, et regarde en autruiTout ce qui t’y déplaît, tout ce qu’on y censure,
Et déracine en toi ce qui te choque en lui.
Dans ce miroir fidèle exactement contempleCe que sont en effet et ce mal et ce bien ;
Et, les considérant d’un œil vraiment chrétien ,
Fais ton profit du bon et du mauvais exemple ;
Que l’un allume en toi l’ardeur de l’imiter,
Que l’autre excite ên toi les soins de l’éviter,
Ou, si tu l’as suivi, d'en effacer la tache ;
Sers toi-même d’exemple, et t’en fais une loi,Puisque ainsi que ton œil sur les autres s’attache,
Les autres à leur tour attachent l’œil sur toi.
Oh ! qu’il est doux de voir une ferveur divineDans les religieux nourrir la sainteté!
Qu’on admire avec joie en eux la fermetéEt de l’obéissance et de la discipline!
Qu’il est dur au contraire et scandaleux d’en voir
1 Ibi homo plu* prçjlcit, ubimagis seipsum vincit. Cor-neille doit peut-être à la lecture de ce passage de l'Imitation cebeau vers du Cid :
A vaincre «ans péril, on triomphe sans gloire.
Acte U , sc. ti.
S’égarer chaque jour du cloître et du devoir,Divaguer en désordre, et s’empresser d’affaires,Désavouer l’habit par l’inclination,
Et pour des embarras un peu trop volontairesNégliger les emplois de leur vocation !
Souviens-toi de tes vœux, et pense à quoi t engageCe vertueux projet dont ton âme a fait choix ;Mets-toi devant les yeux un Jésus-Christ en croix,Et jusques en ton cœur fais-en passer l’image :
A l’aspect amoureux de ce mourant SauveurCombien dois-tu rougir de ton peu de ferveur,
Et du peu de rapport de ta vie à sa vie !
Et quand il te dira : « Je t’appelais aux deux,
« Je t’ai mis en la voie, et tu l’as mal suivie, »Combien doivent couler de larmes de tes yeux !
Oh ! qu’un religieux heureusement s’exerceSur cette illustre vie et cette indigne mort!
Que tout ce qui peut faire ici-bas un doux sortSe trouve abondamment dans ce divin commerce!Qu’avec peu de raison il chercherait ailleursDes secours plus puissants, ou des emplois meilleurs!Qu’avec pleine clarté la grâce l’illumine !
Que son intérieur en est fortifié,
Et se fait promptement une haute doctrineQuand il grave en son cœur un Dieu crucifié !
Sapaixesttoujours ferme, et, quoi qü’on luicomman-Il s’y porte avec joie et court avec chaleur : [de>
Mais le tiède, au contraire, a douleur sur douleur,Et voit fondre sur lui tout ce qu’il appréhende ;L’angoisse, le chagrin, les contrariétés,
Dans son cœur inquiet tombant de tous côtés,
Lui donnent les ennuis et le trouble en partage :
Il demeure accablé sous leurs moindres efforts,Parce que le dedans n'a rien qui le soulage,
Et qu’il n’ose ou ne peut en chercher au dehors.
Oui, le religieux qui hait la discipline,Qu’importune la règle, à qui pèse l’habit,
Qui par ses actions chaque jour les dédit,
Se jette en grand péril d’une prompte ruine.
Qui cherche à vivre au large est toujours à l’étroit;Dans ce honteux dessein son esprit maladroitSe gêne d’autant plus qu’il se croit satisfaire ;
Et, quoi que de sa règle il ose relâcher,
Le reste n’a jamais si bien de quoi lui plaireQue ses nouveaux dégoûts n’en veuillent retrancher
Si ton cœur pour le cloître a de la répugnance,Jusqu’à grossir l’orgueil de tes sens révoltés,Regarde ce que font tant d’autres mieux domptés,Jusqu’où va leur étroite et fidèle observance ;