POEMES
SUR
LES VICTOIRES DU ROI.
I.
POÈME
SUR LES VICTOIRES DU ROI,
TRADUIT DU LATIN F.N FRANÇAIS '.
Mânes des grands Bourbons, brillants foudres de guer-Qui fûtes et l’exemple et l’effroi de la terre, [re,Et qu’un climat fécond en glorieux exploitsPour le soutien des lis vit sortir de ses rois,
Ne soyez point jaloux qu’un roi de votre raceÉgale tout d’un coup votre plus noble audace.
Vos grands noms dans le sien revivent aujourd’hui :Toutes les fois qu’il vainc vous triomphez en lui ;
1 Ce poème fut imprimé pour la première fois en 1607, avecl’avertissement qui suit :
« Ait lecteur. Quelque favorable accueil que sa majesté aitdaigné faire à cet ouvrage, et quelques applaudissements quela cour lui ait prodigués, je n’en dois pas faire grande vanilépuisque je n’en suis que le traducteur. Mais, dans une si belleoccasion de faire éclater la gloire du roi, je n’ai point co nsi-déré la mienne : mon zèle est plus fort que mon ambition ; et,pourvu que je puisse satisfaire en quelque sorte aux devoirsd’un sujet fidèle et passionné, il m’importe peu du reste. Lepublic m’aura du moins l’obligation d’avoir déterré ce trésor,qui, sans moi, serait demeuré enseveli sous la poussière d’uncollège; et j’ai été bien aise de pouvoir donner par là quelquesmarques de reconnaissance aux soins que les PP. jésuites ontpris d’instruire ma jeunesse et celle de mes enfants, et à l'a-mitié particulière dont m’honore l’auteur de ce panégyrique *.Je ne l'ai pas traduit si fidèlement, que Je ne me sois enhardiplus d’une fois à étendre ou resserrer ses pensées : comme lesgrâces des deux langues sont différentes, j’ai cru à propos deprendre cette liberté, afin que ce qui était excellent en latinne devint pas si insupportable en français; vous en Jugerez,et ne serez pas fâché que J’y aie fait Joindre quelques autrespièces, que vous avez déjà vues, sur le même sujet. L’amournaturel que nous avons tous pour les productions de notre es-prit m’a fait espérer qu’elles se pourraient ainsi conserver l’unepar l’autre, ou périr un peu plus tard. »
* Le pere de la Rue.
Et ces hautes vertus que de vous il hériteVous donnent votre part aux encens qu’il mérite.
C’est par cette valeur qu’il tient de votre sang,Que le lion Belgique a vu percer son flanc ;
Il en frémit de rage, et, devenu timide,
Il met bas cet orgueil contre vous intrépide,Comme si sa fierté qui vous sut résisterAttendait ce héros pour se laisser dompter !
Aussi cette fierté, par le nombre alarmée,
Voit en un chef si grand encor plus d’une armée,Dont par le seul aspect ce vieil orgueil briséCourt au-devant du joug si longtemps refusé.
De là ces feux de joie et ces chants de victoireQui font briller partout et retentir sa gloire :
Et, bien que la déesse aux cent voix et cent yeuxL’ait publiée en terre et fait redire aux cieux,
Qu’il ne soit pas besoin d’aucune autre trompette,Le cœur paraît ingrat quand la bouche est muette,Et d’un nom que partout la vertu fait volerC’est crime de se taire où tout semble parler, [cèreMais n’attends pas, grand roi, que mes ardeurs sinAppellent au secours l’Apollon de nos pères ;
A mes faibles efforts daigne servir d’appui,
Et tu me tiendras lieu des muses et de lui.
Toi seul y peux suffire, et dans toutes les âmesAllumer de toi seul les plus célestes flammes,
Tel qu’épand le soleil sa lumière sur nous,
Unique dans le monde, et qui suffit a tousPar l’ordre de son roi les armes de la FranceDe la triste Hongrie avaient pris la défense,
Sauvé du Turc vainqueur un peuple gémissant,
Fait trembler son Asie et rougir son croissant ;
Par son ordre on voyait d’invincibles couragesD’Alger et de Tunis arrêter les pillages,
Affranchir nos vaisseaux de ces tyrans des mers,
Et leur faire à leur tour appréhender nos fers.L’Anglais même avait vu jusque dans l’AmériqueCe que c’est qu’avec nous rompre la foi publique,