LOUANGES
DE
LA SAINTE VIERGE'.
AU LECTEUR.
Cette pièce se trouve imprimée sous le nom de saintBonaventurc, à la fin de ses Œuvres. Plusieurs doutent sielle est de lui, et je ne suis pas assez savant pour en juger.Elle n’a pas l’élévation d’un docteur de l’Église; mais ellea la simplicité d’un saint, et assez le zèle de son siècle,où, dans les hymnes, proses, et autre compositions pieusesque l’on faisait en latin, on recherchait davantage les heu-reuses cadences de la rime que la justesse de la pensée.L’auteur de celle-ci a voulu trouver l’image de la Viergeen beaucoup de figures du vieil et du nouveau Testament :les applications qu’il en a faites sont quelquefois un peuforcées; et, quelque aide que j’aie lâché de lui prêter, lafigure n’a pas toujours un entier rapport à la chose. Je mesuis réglé à rendre chacun de ses huitains par un dizain ;niais je ne me' suis pas assujetti à les faire tous de la mêmemesure : j’y ai mêlé des vers longs et courts, selon que lesexpressions en ont eu besoin, pour avoir plus de confor-mité avec l’original, que j’ai tâché de suivre fidèlement.Vous y en trouverez d’assez passables, quand l’occasion s’enest offerte; mais elle ne s’est pas offerte si souvent que jel’aurais souhaité pour votre satisfaction. Si ce coup d’essaine déplaît pas, il m’enhardira à donner de temps en tempsau public des ouvrages de cette nature, pour satisfaire enquelque sorte à l’obligation que nous avons tous d’em-ployer à la gloire de Dieu du moins une partie des talentsque nous en avons reçus. Il ne faut pas toutefois attendrede moi, dans ces sortes de matières, autre chose que destraductions ou des paraphrases. Je suis si peu versé dansla théologie et dans la dévotion, que je n’ose me fier àmoi-même quand il en faut parler : je les regarde commedes routes inconnues où je m’égarerais aisément, si je nem’assurais de bons guides; et ce n’est pas sans beaucoupde confusion que je me sens un esprit si fécond pour leschoses du monde, et si stérile pour celles de Dieu. Peut-être l’a-t-il ainsi voulu pour me donner d’autant plus dequoi m’humilier devant lui, et rabattre cette vanité si na-turelle à ceux qui se mêlent d’écrire, quand ils ont euquelque succès avantageux. En attendant qu’il lui plaisem’inspirer et m’attirer plus fortement, je vous fais cetaveu sincère de ma faiblesse, et ne me hasarderai à vous
rien dire de lui que je n’emprunte de ceux qu’il a mien'éclairés.
Accepte notre hommage, et souffre nos louanges,Lis tout céleste en pureté,
Rose d’immortelle beauté,
Vierge, mère de l’humble et maîtresse des anges ;Tabernacle vivant du Dieu de l’univers, •
Contre le dur assaut de tant de maux diversDonne-nous de la force, et préte-nous ton aide ;
Et jusqu’en ce vallon de pleursFais-en du haut du ciel descendre le remède,
Toi qui sais excuser les fautes des pécheurs.
O Vierge sans pareille, et de qui la réponseMérita de porter et conçut Jésus-Christ,
Sitôt que Gabriel t’eut fait l’heureuse annonceQu’en un souffle sacré suivit le Saint-Esprit;Vierge devant ta couche, et vierge après ta couche,Montre en notre faveur que la pitié te touche,Qu’aucun refuge à toi ne se peut égaler ;
Et comme notre vie, en disgrâces fertile,
Durant son triste cours incessamment vacille,Incessamment aussi daigne nous consoler.
L’esprit humain se trouble au nom de vierge nie rC ’L’orgueil de la raison en demeure ébloui ;
De la vertu d’en haut ce chef-d’œuvre inouïPour leurs vaines clartés est toujours un mystère •La foi, dont l’humble vol perce au delà des cieux,Pour cette vérité trouve seule des yeux,
Seule, en dépit des sens, la connaît, la confesse,
Et le cœur, éclairé par cette aveugle foi,
Voit avec certitude, et soutient sans faiblesse,Qu’un Dieu pour nous sauver voulut naître de toi-
1 Composées en rimes latines par saint Bonaventurc, et men français par Pierre Corneille. Parts, 1005, in-H-