LOUANGES DE LA SAINTE VIERGE.
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Prodige qui renverse et confond la nature !
Le père de sa fille est le fils à son tour :
Une étoile ici-bas met le soleil au jour ;
Le Créateur de tout naît d’une créature :
La source part ainsi de son propre ruisseau ;L’ouvrier est produit par le même vaisseauQue sa main a formé de terre :
Et toujours vierge et mère, un accord éternelDe ces deux noms en toi, qui partout sont en guerre,Fait grâce, et rend la vie à l’homme criminel !
Ouvre donc, Mère-vierge, ouvre l’âme à la joieD’avoir remis en grâce et nous et nos aïeux :Toi-même applaudis-toi d’avoir ouvert les creux,D’en avoir aplani, d’en avoir fait la voie.
Les hôtes bienheureux de ces brillants palaisT’offrent et t’offriront tous ensemble à jamaisDes hymnes d’allégresse et de reconnaissance ;
Et nous, que tu défends des ruses de l’enfer,
Nous y joindrons l’effort de l’humaine impuissance,Pour obtenir comme eux le don d’en triompher.
Que pures étaient les entraillesOù s’enferma ce fils qui tient tout en sa main,
Et que de sainteté régnait au chaste seinQue suça ce Dieu des batailles !
Que ce lait qu’il en prit fut doux et savoureux,
Et que serait heureux
On cœur qui s’en verrait arrosé d’une goutte !
O mère qui peux tout, prends soin de notre sort,Guide nos pas tremblants jusqu’au bout de leur route,Et sauve-nous des maux de l’éternelle mort.
Telle que s’élevait du milieu des abîmes,
Au point de la naissance et du monde et du temps,Cette source abondante en flots toujours montants,Qui des plus hauts rochers arrosèrent les cimes,Telle en toi, du milieu de notre impureté,
D’un saint enfantement l’heureuse nouveautéÉlève de la grâce une source féconde ;
Son cours s’enfle avec gloire, et ses flots, qu’en tout lieuRépand la charité dont regorge son onde,
Font en se débordant croître l’amour de Dieu.
Dose sans flétrissure et sans aucune épine,
Rose incomparable en fraîcheur,
Rose salutaire au pécheur,
Eose enfin toute belle, et tout à fait divine ;
Ee Grâce, dont jadis la prodigalitéVersa tous ses trésors sur ta fécondité,
N’a fait et ne fera jamais rien de semblable :
Par elle on te voit reine et des cieux et des saints ;Par elle sers ici de remède au coupable,
Et seconde l’effort de nos meilleurs desseins.
Durant ces premiers jours qu’admirait la nature,La vie avait son arbre; et ses fruits précieux,Remplissant tout l’Éden d’un air délicieux,
A nos premiers parents s’offraient pour nourriture.Ainsi le digne fruit que tes flancs ont portéRemplit tout l’univers de sainte volupté,
Et s’offre chaque jour pour nourriture'aux âmes;
Il n’est point d’arbre égal, et jamais il n’en fut,
Et jamais ne sera de plantes ni de femmesQui portent de tels fruits pour le commun salut.
Que d’énigmes en l’ÉcritureT’offrent sous un voile à nos yeux !
E’esprit qui la dicta s’y plut en mille lieux■A nous tracer lui-même et cacher ta peinture.
Le vieil et nouveau Testament* eus deux, comme à l’envi, te nomment hautementLa première d’entre les femmes ;
El cette préférence acquise à tes vertus,
E°nmie elle amis ton âme au-dessus de nos âmes,Je nos périls aussi t’a su mettre au-dessus.
Un fleuve qui sortait du séjour des délicesArrosait de plaisirs ce paradis naissant,
Et sur l’homme encore innocentRoulait avec ses flots l'ignorance des vices :
Vierge, ce même fleuve en ton cœur s’épandit,Quand, pour nous affranchir de ce qui nous perdit,Ton corps du fils de Dieu fut l’auguste demeure;
La terre au grand Auteur en rendit plus de fruit,La nature en reçut une face meilleure,
Et triompha dès lors du vieux péché détruit.
^ v ant que du Seigneur la sagesse profonde1 i Ur la terre et les cieux daignât se déployer;
v ant que du néant sa voix tirât le monde,v- u à ce même néant sa voix doit renvoyer,e toute éternité sa prudence adorable^ destina pour mère à son Verbe ineffable,p Ses anges pour reine, aux hommes pour appui ;
sa bonté dès lors élut ton ministère^ Uur nous tirer du gouffre où notre premier père° Us a d’un seul péché plongés tous avec lui.
Ce fils, comme son père, arbitre du tonnerre,
Ce maître , comme lui, des hommes et des dieux,Ayant pour son palais un paradis aux cieux,Voulut pour sa demeure un paradis en terre :
Ce père tout-puissant l’y forma de ton corps,Qu’il commit à garder ce trésor des trésors,
Dès qu’il te vit de l’ange agréer la visite :
Ainsi se commença notre rédemption ;
Ainsi tu donnas pîaee au souverain mériteQui nous dégage tous de la corruption.