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LOUANGES DE LA
Que résous-tu, Judith? qu’oppose pour remèdeT/amour de ta patrie à de si grands malheurs?
Et que doit ce grand peuple accablé de douleursContre tant d’ennemis espérer de ton aide?
Tu portes dans leur camp le doux art de charmer,
Tu vois leur Holopherne, et tu t’en fais aimer ;
Sa joie est sans pareille, et son amour extrême;
Il croit par un festin te le témoigner mieux,
Il s’enivre, il s’endort; et de son poignard mêmeTu lui perces le cœur qu’avaient percé tes yeux.
Cette Béthulie assiégéeDes bataillons assyriens,
Et prête à s’en voir saccagéePar la division des siens,
C’est, ô Vierge, qu’un Dieu révère,
J/épouse de ton fils, l’Église, notre mère,
Qu’assiège l’hérésie, et qu’attaque l’enfer :
Forte de ton secours, elle en brave l’audace ;
Et tant que pour appui ses murs auront ta grâce,
Elle est sûre d’en triompher.
Belle et forte Judith, qui sauves d’HolopherneTa chère Béthulie et tous ses habitants,
Puisque par ton esprit l’Église se gouverne,
Ses triomphes iront aussi loin que le temps :
Tu combats, tu convaincs, tu confonds l’hérésie;
Et, quoi qu’ose sa frénésie,
Elle tremble à te voir les armes à la main,
Tandis que les rayons dont ta couronne brille,
Sur nous, qui sommes ta famille,
Répandent du salut l’espoir le plus certain.
Ils n’y répandent pas cette seule espérance,
Ils y joignent l’esprit qui mène à son effet,
Un esprit de douceur, qu’en Dieu tout satisfait,
Un esprit de clarté, de conseil, de science :
I.a sagesse à la force en nous s’unit par eux,
I.a crainte liliale au respect amoureux,
Qui donne un vol sublime aux âmes les plus basses;Tous ces trésors sur nous par toi sont épanchés,
Et Dieu t'a départi toute sorte de grâcesPour faire en ta faveur grâce à tous nos péchés.
La charmante Esther vient ensuite;
Assuérus l’épouse et la fait couronner,
Et la part qu’en son lit on le voit lui donnerMontre l’heureux succès d’une sage conduite ;
I.a superbe Vasthi, que son orgueil déçoit,
Rejette avec mépris l’ordre qu'elle en reçoit,
Et son propre festin par sa perte s’achève.
Quelle vicissitude en ce grand changement!L’arrogance fait choir, l’humilité relève ;
L’une y trouve son prix, l’autre son châtiment.
SAINTE VIERGE.
Oh ! que ces deux beautés ont pou de. ressemblance !En l’une on voit un cœur à la vertu formé,
Un cœur humble, un cœur doux, et digne d’être aimé.Mais qui ne sait aimer qu’avec obéissance;
En l’autre, une fierté qui ne veut point de loi,
Qui croit faire la reine en dédaignant son roi,
Et que l’orgueil du trône a rendue indocile :
Cet orgueil obstiné ne sert qu’à la trahir,
Et prépare à sa chute une pente facilePar l’horreur que lui fait la honte d’obéir.
Sainte Vierge, est-il rien au monde [toi?
Ou plus humble, ou plus doux, ou plus charmant queEst-îl rien sous les cieux qui fasse mieux la loiAux schismes dont la terre abonde?
Non, il n’est rien si gracieux,
Rien si beau, rien si précieux,
Si nous en croyons l’Ecriture ;
Et même sous l’obscuritéL’énigme y fait trop voir qu’aucune créatureN’approche de ta pureté.
Tu veux donc bien qu’Esther ait place en ton image,Que ses traits les plus beaux servent d’ombres au*Toi dont les actions, toi dont les entretiens [tiens >Ont tant d’humilité, tant d’amour en partage.
Parmi tout ce qu’envoie aux siècles à venirJja lecture ou le souvenir,
Ta bonté, ta douceur, ne trouve point d’égales;
Elles charment Dieu même aussi bien que nos yeux ,Et, plus ici tu te ravales,
Plus il t’élève haut dans l’empire des cieux.
Mêmes vertus en elle ébauchaient ton mérite,
Et son pouvoir au tien n’a pas moins de rapport :Aman en fait l’épreuve, et son perfide effortVoit retomber sur lui l’orage qu’il excite.
Un Juif voit tant d’orgueil sans fléchir les genoux;Pour ce mépris d’un seul il veut les perdre tous,
Il en fait même au roi signer l’ordre barbare :I/affligé Mardochée à sa nièce en écrit.
Ne tremblez plus, ô Juifs ! une beauté si rareVeut périr ou sauver son peuple qu’on proscrit.
Esther, tendre et sensible au mal qui le menace,
Y hasarde sa vie, et se présente au roi;
Le roi, pour l’affranchir des rigueurs de sa loi,
Vers des appas si doux tend le signal de grâce :Esther avec respect le convie au festin,
Lui peint d’elle et des siens le malheureux destin,
Et de son favori l’insolence et les crimes :
Ce lâche tout surpris demeure sans parler ;
Et les siens avec lui sont livrés pour victimesA ce peuple innocent qu’il voulait s’immoler.