ACTE 1 , SCÈNE II. 181
Seigneur, tant de prudence entraîne trop de soin ;
Je ne'sais point prévoir les malheurs de si loin*
Je songe quelle étoit autrefois cette villeSi superbe en remparts, en héros si fertile,
Maîtresse de l’Asie \ et je regarde enfin
Quel fut le sort de Troie, et quel est son destin’ :
Je ne vois que des tours que là cendre a couvertes,
Un fleuve teint de sang, des campagnes désertes,
Un enfant dans les fers ; et je ne puis songerQue Troie en cet état aspire à se venger.
Ah \ si du fils d’Hector la perte étoit jurée,
Pourquoi d’un an entier Pavons-nous différée ?■
Dans le sein de Priam n’a-t-on pu l’immoler?
Sous tant de morts, sous Troie, il falloit l’accabler;
Tout étoit juste alors : la vieillesse et l’enfanceEn vain sur leur foiblesse appuyoient leur défense jLa victoire et la nuit, plus cruelles que nous,
Nous excitoient au meurtre et confondoient nos coups.Mon courroux aux vaincus ne fut que trop sévère.
Mais que ma cruauté survive à ma colère ?
Que, malgré la pitié dont je me sens saisir,
Dans le sang d’un enfant je me baigne à loisir ?Non,seigneur.Que les Grecs cherchent quelque autre proie*,Qu’ils poursuivent ailleurs ce qui reste de Troie :
De mes inimitiés le cours est achevé ;
L’Èpire sauvera ce que Troie a sauvé.
©RESTE.
, Seigneur, vous savez trop avec quel artificeUn faux Àstyanax fut offert au supplice