86 LETTRES DE RACINEet j’ai aussi débauché M. Hessein pour faire lequatrième. Il se plaint toujours beaucoup de sesvapeurs , et je vois bien qu’il espère se soulagerpar quelque dispute de longue haleine mais jene suis guère en état de lui donner contentement,me trouvant assez incommode de ma gorge dès quej'ai parlé un peu de suite. Ce qui m’embarrasse,c’est que M. Fagon , et plusieurs autres médecinstrès habiles, m’avoient ordonné de boire beaucoupd’eau de Sainte-Reine et des tisanes de chicorée :èt j’ai trouvé chez M. Nicole un médecin qui mepavoîtfort sensé, qui m’adit qu’il connoissoit monmal à fond-, qu’il en avoit déjà guéri plusieurs, etque je ne guévirois jamais tant que* je boivois deVeau ou de la tisane ; que le seul moyen de sortird’affaire étoit de ne boire que pour la seule néces-sité, et tout au plus 1 pour détremper les alimentsdans l’estomac. Il a appuyé cela de quelques rai-sonnements qui m’ont paru assez solides. Ce quiest arrivé de là, c’est que je n’exécute ni son or-donnance ni celle de M. Fagon : je ne me noie plusd’eau comme je faisois, je bois à ma soif ; et vousjugez bien que par le temps qu’il fait en a toujourssoif, c’est-à-dire franchement que je me suis remisdans mon train de vie ordinaira, et je m’en trouve
1 M. Hessein, ami commun de Racine et de Boileau,et frète de mademoiselle de La Sablière, avoit beaucoupd esprit et de lettres, mais il aircoit à disputer et à contre-dire