88
LETTRES DE RACINE
LETTRE IV.
A RACINE.
Bourbon , a9 juillet 1687.
Si la perte de ma voix ne m’avoit fort guéri de lavanité, j’aurois été très sensible h tout ce que vousm’avez mandé de l'honneur que m'a fait le plusgrand prince de la terre en vous demandant desnouvelles de ma santé; mais l’impuissance où mamaladie me met de répondre par mon travail àtoutes les bontés qu’il me témoigne, me fait unsujet de chagrin de ce qui devroit faire toute majoie. Les eaux jusqu’ici m’ont fait un fort grandbien, suivanttoutes les règles, puisque je les rendsde reste, et quelles m’ont, pour ainsi dire, toutfait sortir du corps, excepté la maladie pour la-quelle je les prends. M. Bourdier, mon médecin,soutient pourtant que j’ai la voix plus forte quequand je suis arrivé; et M. Baudière, mon apo-thicaire , qui est encore meilleur juge que lui,puisqu’il est sourd, prétend aussi la meme chose ;mais pour moi je suis persuadé qu’ils me flattent,ou plutôt qu'ils se flattent eux-mèmes. Quoi qu’ilen soit, j’irai jusqu’au bout, et je ne donneraipoint occasion à M. Fagon et à M. Félix de direque je me suis impatiente. Au pis aller, nous essaie-