p6 LETTRES DERACINEtraîner ici ma misérable vie du mieux que je puisavec un abbé très honnête homme, mon médecin,et mon apothicaire. Je passe le temps avec eux àpeu près comme don Quichotte le passoit en untiicjar de la Mancha avec son curé, son barbier,, etle bachelier Samson Carrasco. J’ai aussi une ser-vante: il me manque une nièce; mais de tous cesgens-là celui qui joue le mieux son personnage,c'est moi, qui suis presque aussi fou que don Qui-chotte, et qui ne dirois guère moins de sottises sije pouvois me faire entendre.
Je n’ai point été surpris de ce que vous m’avezmandé de M. Hussein :
Naturani expellas furcâ, tamen usque recurret.
11 a d’ailleurs de très bonnes qualités; mais, àmon avis, puisque je suis sur la citation de donQuichotte, il n’est pas mauvais de garder avec luiles mêmes mesures qu’avec Cardenio. Comme ilveut toujours contredire, il ne seroit pas mauvaisde le mettre avec cet homme que vous savez denotre assemblée, qui ne dit jamais rien qu’on nedoive contredire : ils seroient merveilleux en-semble.
J’ai’ déjà formé mon plan pour l’année 1667,où je vois de quoi ouvrir un beau champ à l’es-prit 1 ; mais, à ne vous rien déguiser, il ne faut pas
1 Boileau parle de l’histoire du roi, dont Racine etlui étaient continuellement occupés,