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Tome V.
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LETTRES DE RACINE

LETTRE XI.

A RACINE.

Bourbon, 19 août 1687.

Vous pouvez juger, monsieur, combien j’ai étéfrappé de la funeste nouvelle que vous m’avezmandée de notre pauvre ami. En quelque étatpitoyable néanmoins que vous l'ayez laissé, je nesaurois m'empêcher d’avoir toujours quelque rayond’espérance,tant que vous ne m’aurez point écrit,il est mort; et je me flatte même qu’au premier ordi-naire j’apprendrai qu’il est hors de darger. À direle vrai, j’ai bon besoin de me flatter ainsi, sur-toutaujourd'hui que j’ai pris une médecine qui m a faittomoer quatre fois en foibîcsse, et qui m’a jetédans un abattement dont même les plus agréablesnouvelles ne seroient pas capables de me relever.Je vous avoue pourtant que , si quelque chosepouvoit me rendre la santé et la joie, ce seroit labonté qu’a sa majesté de s’enquérir de moi- toutesles fois que vous vous présente/, devant elle. Il nesauroit guère rien arriver de plus glorieux, je nedis pas à un misérable comme moi, mais à tout cequ'il y a de gens plus considérables à la cour ; et jegage qu’il y en a plus de vingt d’entre eux qui, àl’heure qu'il est, envient ma bonne fortune,et quiYoudroient avoir perdu 1 1 voix et même la parole