i2Ô LETTRES DE RACINEtrop bien quand il faut écrire. Je commence à son-*ger à ma retraite. Voilà tantôt la dixième fois queje me baigne ; et, à ne vous rien celer, ma voix esttout au même état que quand je suis arrivé. Le mo-nosyllabe que j’ai prononcé n’a été qu'un effet deces petits tons que vous savez qui m’échappentquelquefois quand j’ai beaucoup parlé, et mes va-lets ont été un peu trop prompts à crier miracle.La vérité est pourtant que le bain m’a renforcé lesjambes, et fortifié la poitrine; mais pour ma voix,ni le bain ni la boisson des eaux ne m’ont de rienservi. Il faut donc s’en aller de Bourbon aussi muetquej’y suis arrivé. Je ne saurois vous dire quand jepartirai; je prendrai brusquement mon parti, etDieu veuille que le déplaisir ne me tue pas en che-min! Tout ce que je vous puis dire, c’est que jamaisexilé na quitté son pays avec tant d’atïliction queje retournerai au mien. Je vous dirai encore plus,c’est que sans votre considération je ne crois pasque j’eusse jamais revu Paris, où je ne conçois aucunautre plaisir que celui de vous revoir. Je suis bienfâché de la juste inquiétude que vous donne lalièvre de M. votre jeune fils, /espère que cela nesera rien: mais si quelque chose me fait craindre,pour lui, c’est le nombre de bonnes qualités qu’ila 1 , puisque je n’ai jamais vu d’enfaut de son âgesi accompli en toutes choses. M. Marchand est ar-
1 Boileau parle ici du fils aîné de Racine.