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Précis de l'histoire moderne : ouvrage adopté par le Conseil Royal de l'université, et prescrit pour l'enseignement de l'histoire moderne, dans les collèges royaux et dans tous les établissements d'instruction publique / par M. Michelet
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ou Laurent, se croyait toujours une république. Princes etcitoyens, marchands et hommes de lettres, les Méd icis rece-vaient par les mêmes vaisseaux les tissus dêîlexandrie etles manuscrits de la Grèce. En même temps quils ressusci-taient le platonisme par les travaux de Ficin , ils faisaientélever, par B çunellesc hi, cette coupole de Sainte-Marie, enface de laquelle MiçJjelcAnge. voulait quon plaçât son tom-beau. Même enthousiasme pour les lettres et les arts dansles cours de Milan, de Ferrare et de Mantoue, dUrhin et deBologne. Le conquérant espagnol du royaume de Naplesimitait les mœurs italiennes, et ne demandait, pour se ré-concilier avec Côme de Médicis, quun beau manuscrit deTitc- Live. A Rome enfin, on trouvait lérudition elle-mêmeassise dans la chaire de saint Pierre avec les Nicolas Y et lesPie IL Cette culture universelle des lettres semblait avoirhumanisé les esprits. Dans la plus sanglante bataille duquinzième siècle, il ny avait pas eu mille hommes de tués 1 .Les combats nétaient plus guère que des tournois.

Cependant, un observateur attentif sapercevait aisémentde la décadence de 1 Italie. Cette douceur apparente desmœurs nétait autre chose que laffaiblissement du caractèrenational. Pour nétre point sanglantes, les guerres nenétaient que plus longues, plus ruineuses Les condottieripromenaient à travers lItalie des troupes indisciplinées,toujours prêtes à passer sous le drapeau opposé pour lamoindre augmentation de solde; la guerre était devenue unjeu lucratif entre les Piccinino et les Sforza. Partout de pe-tits tyrans, loués par les savants et délestés des peuples. Leslettres, dans lesquelles lItalie plaçait elle-même sa gloire,avaient perdu loriginalité du quatorzième siècle; auxDante, aux Pétrarque, avaient succédé les Philelpbe et lesPontanus. La religion nétait nulle part plus oubliée. Lenépotisme affligeait lÉglise et lui ôtait le respect des peu-ples. Lusurpateur des terres du Saint-Siège, le condottiereSforza datait ses lettres : É Firmiano nostro, invilo Petroet Paulo 2 .

1 Machiavel!!, Storie Ftorentine. a Id., liv. v.