Le génie expirant de la liberté italienne protestait encorepar de vaines conspirations. Porcaro, qui se croyait préditparles vers de Pétrarque 1 , essaya de rétablir dans Rome legouvernement républicain. A Florence, les Pazzi ; à Milan,le jeune Olgiati et deux autres, poignardèrent dans uneéglise Julien de Médiris et Galéas Sforza [1476-87]. Lesinsensés avaient cru que la liberté de leur patrie dégénéréetenait à la vie d’un homme!
Deux gouvernements passaient pour les plus sages de l’I-talie, ceux de Florence et de Venise. Laurent de Médicisfaisait chanter ses vers aux Florentins, conduisait lui-même dans les rues de la ville, de pédantesques et somp-tueuses mascarades 9 , et se livrait en aveugle à cette muni-ficence royale qui faisait l’admiration des gens de lettres, etpréparait la banqueroute de Florence. A Venise, au con-traire, le plus froid intérêt semblait l’unique loi du gouver-nement. Là, point de favoris, nul caprice, nulle prodigalité.Mais ce gouvernement de fer ne subsistait qu’en resserrantde plus en plus l’unité du pouvoir. La tyrannie des Dix nesuffisait plus ; il fallut créer, dans le sein même de ce con-seil, des inquisiteurs d’Ètat [1454]. Cette dictature faisaitprospérer au dehors les affaires de la république, en taris-sant les sources intérieures de sa prospérité. De 1423 à1453, Venise avait augmenté son territoire de quatre pro-vinces, tandis que ses revenus diminuaient de plus de centmille ducats. Fin vain elle essayait de retenir, par des me-sures sanguinaires, le monopole qui lui échappait; en vainles Inquisiteurs d’Etat faisaient poignarder, dit-on, l’ouvrierqui transportait ailleurs une industrie utile à la république :le temps n’était pas loin où l’Italie allait perdre à la fois etson commerce, et sa richesse, et son indépendance II fal-lait une nouvelle invasion des barbares pour lui arracher lemonopole du commerce et des arts qui allaient être désor-mais le patrimoine du monde.
1 Machiavelli, Storie Florentine, t. v.
5 Gumguené, Hist. litt. de l’Italie, t. ni.