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Précis de l'histoire moderne : ouvrage adopté par le Conseil Royal de l'université, et prescrit pour l'enseignement de l'histoire moderne, dans les collèges royaux et dans tous les établissements d'instruction publique / par M. Michelet
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Quel devait être le conquérant de lItalie? le Turc, leFrançais ou lEspagnol ? Cest ce quaucune prévoyance nepouvait déterminer. Les papes et la plupart des Italiens re-doutaient avant tout les Turcs. Le grand Sforza et Alphonsele Magnanime ne songeaient quà fermer lItalie aux Fran-çois qui revendiquaient Naples et pouvaient réclamer Mi-lan 1 . Venise se croyant invincible dans ses lagunes, traitaitindifféremment avec les uns, avec les autres, sacrifiant quel-quefois, à des intérêts secondaires, son honneur et la sû-reté de lItalie.

Telle était la situation de cette contrée, lorsquelle enten-dit le dernier cri de détresse de Constantinople [14-53]. Sé-parée déjà de lEurope et par les Turcs, et par le schisme,cette malheureuse cité voyait sous ses murs une armée detrois cent mille barbares. Dans ce moment critique, les Oc-cidentaux, habitués aux plaintes des Grecs, y firent encorepeu dattention. Charles VII achevait lexpulsion des An-glais; la Hongrie était agitée; limpassible Frédéric III soc-cupait dériger lAutriche en archiduché. Les possesseursde Péra et deGalata, les Génois et les Vénitiens, calculèrentla grandeur de leur perte, au lieu de la prévenir. Gênes en-voya quatre vaisseaux; Venistjpdélibéra si elle renonceraità ses conquêtes dItalie pour conserver ses colonies et so>ncommerce 2 . Au milieu de cette hésitation funeste, lItalievit débarquer sur tous ses rivages les fugitifs de Constan-tinople. Leurs récits remplirent lEurope de honte et dieterreur; ils déploraient Sainte-Sophie changée en mosquée,Constantinople saccagée et déserte, plus de soixante millechrétiens traînés en esclavage; ils décrivaient les prodigieuxcanons de Mahomet, et ce moment les Grecs virent àleur réveil les galères des infidèles naviguer sur la terrei 3 ,et descendre dans leur port.

1 Sismondi, Hist. des Républ. italiennes, t. x, p. 28.

2 Daru, Hist. de Venise, t. n, liv xvi ; et Pièces justificat., t. vin.

3 On dit que le sultan transporta sa flotte, en une nuit, dans le port <dcConstantinople, en la faisant glisser sur des planches enduites de graisse.