( 14 J
levard de la Hongrie, Huniade traversa l'armée des Infi-dèles pour se jeter dans la place, repoussa pendant quarantejours les plus furieux assauts, et fut célébré comme le sau-veur de la chrétienté (1456 .Son fils, Mathias Corvin, que]a reconnaissance des Hongrois éleva au trône, opposa sagarde noire, première infanterie régulière qu’ait eue cepeuple, aux Janissaires de Mahomet II. Le règne de Ma-thias fut la gloire de la Hongrie. Pendant qu’il combattaittour à tour les Turcs, les Allemands et les Polonais, il fon-dait dans sa capitale une université, deux académies,un ob-servatoire, un musée d’antiques, une bibliothèque, alors laplus considérable du monde 1 . Ce rival de Mahomet H par-lait, comme lui, plusieurs langues ; comme lifi, il aimait leslettres en conservant les mœurs des barbares. 11 avait ac-cepté, dit-on, l’offre d’un homme qui se chargeait d’assas-siner son beau-père, le roi de Bohême; mais il rejeta avecindignation la proposition de l’empoisonner: Contre mesennemis, dit-il, je ne veux employer que le fer. C’est àlui toutefois que les Hongrois durent leur grande charte(.Decretum majus, 1485. Voy. le chap. -T. Un proverbehongrois suffit à son éloge : Depuis Corvin, plus de jus-tice.
Le pape Pie II et Venise se liguèrent avec Mathiaslorsque la Servie et la Bosnie, conquises par les Turcs,leur ouvrirent le chemin de l’Italie. Le pontife était l’âmede la croisade; il avait indiqué le rendez-vous d’Ancôneà ceux qui voudraient aller avec lui combattre l’ennemide la foi. L’habile secrétaire du concile de Bâle, l’espritle plus poli du siècle, le plus subtil des diplomates, devintun héros sur la chaire de saint Pierre. La grande pen-sée du salut de la chrétienté semblait lui avoir donné uneâme nouvelle*. Mais ses forces n’y suffirent pas. Le vieil-lard expira sur le rivage, à la vue des galères vénitiennesqui allaient le porter en Grèce (1464).
1 Bonfinius, Iterum Hungaricarum décades, 1568, passim.
* Comwentari Pii secundi (1610), p. 300-400. Voy. aussi ses lettresdans les OEuvres complètes.