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Précis de l'histoire moderne : ouvrage adopté par le Conseil Royal de l'université, et prescrit pour l'enseignement de l'histoire moderne, dans les collèges royaux et dans tous les établissements d'instruction publique / par M. Michelet
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Son successeur, Paul II, abandonna cette politique géné-reuse. II arma contre les Bohémiens hérétiques le gendre deleur roi, ce même Mathias Corvin, dont la valeur neûtêtre exercée que contre les Turcs. Pendant que les chré-tiens saffaiblissaient ainsi par leurs divisions, Mahomet IIjurait solennellement dans la mosquée, qui fut Sainte-So-phie, lextermination du christianisme. Venise, abandonnéede ses alliés, perdit lile de Négrepont, conquise par lesTurcs à la vue de sa flotte. En vain Paul II et les Vénitiensallèrent chercher des alliés jusquau fond de la Perse; le schahfut défait par les Turcs, et la prise de Caffa ferma pourlongtemps aux Européens toute communication avec lesPersans. Enfin, la cavalerie turque se répandit dans leFriouljusquà la Piave, brûlant les récoltes, les bois, les villageset les palais des nobles Vénitiens; la nuit on voyait de Ve-nise même les flammes de cet incendie 1 . La républiqueabandonna la lutte inégale quelle soutenait seule depuisquinze ans, sacrifia Scutari, et se soumit à un tribut (1479'.

Le pape Sixte IV et Ferdinand, roi de Naples, qui na-vaient point secouru Venise, laccusèrent davoir trahi lacause de la chrétienté- Après avoir favorisé la conjurationdes Pazzi, et fait ensuite une guerre ouverte aux Médicis,ils tournaient contre les Vénitiens leur politique inquiète.La vengeance de Venise fut cruelle. En même temps queMahomet II faisait attaquer Rhodes, on apprit que centvaisseaux turcs, observés, ou plutôt escortés par la flottevénitienne, avaient passé en Italie, que déjà Otrante étaitprise, et le gouverneur scié en deux. Leffroi fut au comble,et lévénement leût justifié peut-être, si la mort du sultannavait arrêté pour quelque temps le cours de la conquêtemahométane [1480-81).

Ainsi les Italiens faisaient intervenir les étrangers dansleurs querelles. Après avoir attiré les Turcs, les Vénitiensprirent à leur service le jeune René, duc de Lorraine, héri-tier des droits de la maison dAnjou sur le royaume de Na-

' Sismondi, Républiq, Ital., t. xi, p. 141; d'après Sabellico, témoinoculaire.